SOCIETE

Mais qui sommes-nous donc ?

Que dire aujourd’hui des égarements dont notre civilisation fait preuve et dont elle ne saura se départir, à moins que notre philosophie ne change ? A notre époque, celle-ci ne se situe plus du tout au niveau de notre bien-être, de notre développement ou de notre postérité, mais à un niveau beaucoup plus sournois et insidieux : au lieu de nous atteler à vouloir évoluer, nous avons plutôt la fâcheuse tendance à nous laisser attirer dans une phase de déclin, qui sera probablement accompagnée d’une dégénérescence culturelle et d’une destruction écologique massive.

Tant que l’homme ne sera pas redevenu le centre de ses préoccupations, nous resterons les pantins d’une système se vantant que seul un cinquième des demandeurs d’emplois suffirait bientôt à maintenir l’activité économique. Nos charmants visionnaires, administrateurs de marchés virtuels, ne se préoccupent guère de savoir qui entrera dans cette minuscule fraction puisque seul le profit entre en ligne de compte. Lorsqu’on demande à ces mêmes dirigeants mondiaux ce que nous devrons faire du reste, soit le 80% de la population du globe, ils répondent cyniquement qu’il n’y aura aucun problème, puisque de nombreuses chaînes de télévisions, financées et gérées par leur soins, diffuseront en continu des émissions aussi abrutissantes que rébarbatives, entrecoupées de nombreux spots publicitaires pour vanter les mérites de leurs produits.

Ces concepteurs géniaux - qui n’hésitent pas, pour se protéger, à dépenser plus du double que le budget alloué pour la police américaine - ont oublié de prendre en considération un fait, et non des moindres : puisqu’ils affirment qu’ils ne vont plus subvenir longtemps encore aux besoins d’autrui (chacun n’a qu’à se débrouiller), que l’Etat social et politique doit être remplacé par le Nouvel Ordre Mondial, qui dans leurs télévores forcés aura les moyens d’acheter quoi que ce soit ?

Nous n’avons bien sûr pas à nous interroger de tout cela, puisque de toute manières ils se chargeront bientôt de penser à notre place.

Leur procédé pour parvenir à faire passer la pilule en attendant qu’ils soient les maîtres du monde est enfantin, en donnant aux hommes quelques jouets égoïstes, du genre voiture, natel ou ordinateur, ils sont pratiquement sûrs de tuer dans l’œuf toute forme de résistance. Chacun s’isolant dans son rêve cybernétique, persuadé d’être entouré d’une multitude d’amis séparés de plusieurs milliers de kilomètres par le biais d’écrans plats à cristaux liquides. De cette autosatisfaction individuelle découle alors un aspect problématique : une fragilisation, voir une destruction totale de l’esprit d’entraide. Nous pourrions parler du syndrome de Narcisse, puisque chacun se cloisonne ainsi dans son orgueil sans se préoccuper d’autrui. Ce que nous n’avons pas compris, eux l’ont compris depuis toujours, la force de l’homme, qui est en même temps le plus grand ennemi de l’anarcho-libéralisme, c’est tout simplement la solidarité. 

Cédric W. Marsens

 

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