ROMAN

Loreleï par Cédric W. Marsens

 

Chapitre 1 : Une rencontre singulière

Chapitre 2 : Voyage en Europe occidentale

Chapitre 3 : Découverte de la vie parisienne

Suite bientôt disponible...

 

 

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CHAPITRE I

UNE RENCONTRE SINGULIERE

 

Transylvanie, en novembre de l’an 1839

 

Sir Winks ne parvenait à trouver le sommeil. Il faut dire qu’ici, l’atmosphère était plutôt lugubre, la neige tombait sans cesse, accompagnée d’un vent sibérien, un vent d’une violence inouïe conjuguée à un froid à réveiller les morts, un temps tel qu’il n’était possible à quiconque de sortir. Dehors, les cris des loups résonnaient sans cesse, se perdant dans un écho sans fin.

Lorsque la tempête s’était levée, il avait pu trouver refuge dans une auberge, seule maison qu’il avait rencontrée depuis trois jours de périple. Ce gîte se trouvait encaissée au plus profond d’une vallée, là où les montagnes étaient les plus abruptes, de sorte que, par beau temps, le soleil ne devait guère être visible plus de quelques heures par jour. Aux côtés de cette demeure, se trouvait, à l’état de ruine, ce qui, autrefois, avait dû être une crypte. Bien que l’endroit n’était pas des plus plaisants, il n’était pas homme à se laisser guider par ses craintes et, conscient que son salut ne dépendait que d’un abri où attendre que la bourrasque ne cesse, il s’était dirigé droit sur cette bâtisse. Lorsqu’il avait frappé à la porte, un vieil homme lui avait ouvert et offert l’hospitalité. Peu bavard, le vieillard s’était contenté de lui montrer sa chambre. Après avoir pris le soin de se changer et après avoir mis ses vêtements à sécher, Sir Winks était descendu dans la salle à manger, une petite salle sombre et sinistre avec, pour seul éclairage, un chandelier de six bougies, les meubles étaient très sobres et rien qui ne soit superflu. Le vieil homme lui avait servi un repas, puis était allé se coucher. il se retrouvait donc seul, et d’étranges pensées lui venaient à l’esprit.

 

Comment avait-il pu se laisser convaincre de se rendre ici, dans ce pays. Pays dont les coutumes ne ressemblaient en rien aux siennes, habité par un peuple d’un autre âge, comme si le temps s’était arrêté. Bien vite, il s’était rendu compte qu’ici, la superstition et la peur régnaient en maître. Lorsqu’il se trouvait à Bråila, et qu’il parlait aux indigènes de la raison de son voyage, la remise d’un pli à un seigneur vivant dans un château, ceux-ci adoptaient une attitude pour le moins singulière, où se mêlaient à la fois la terreur et l’effroi, il lui était impossible d’aller plus avant dans la conversation, les gens se contentant dès lors de prier pour le salut de son âme. Se heurtant à un refus catégorique lorsqu’il cherchait un fiacre pour l’ emmener, il s’était décidé à voyager seul. Après avoir acheté un cheval ainsi que des vivres pour le temps que devait durer le voyage, c’est à dire une semaine, il s’était mis en route. Il avait d’abord rejoint Brasov, puis de là, s’enfonçant dans les Carpates, traversait Blaj, puis Aiud. A mesure qu’il avançait, le pays s’était fait de plus en plus sauvage, les maisons de plus en plus rares, les quelques arbres épars s’étaient transformés en une forêt très dense, la route avait fait place à un chemin étroit et tortueux se perdant aux confins d’une vallée escarpée. Malheureusement, à la fin du cinquième jour, la tempête, comme jamais il ne lui avait été donné d’en voir, l’avait surprit.

Minuit venait de sonner, il était perdu dans ses pensées lorsque tout à coup, la porte s’ouvrit, laissant le vent glacial s’engouffrer dans la pièce, éteignant du même coup les bougies, faisant place à l’obscurité. Une silhouette, dont seul les deux yeux étaient visibles, se tenait à l’embrasure de la porte. Une voix de femme lui dit :

 

-"J’ai si froid, puis-je entrer un instant pour me réchauffer ?"

 

Le ton suppliant de cette requête ne le fit point hésiter, il laissa entrer cette inconnue, referma la porte et ralluma les chandelles, ce qui lui permit enfin de distinguer cette femme. Ses longs cheveux noir contrastaient avec la pâleur extrême de sa peau, ses yeux brillaient, tels deux diamants, d’un regard qui, de suite l’avait troublé. Elle allait nus pieds et avait, pour seul vêtement une longue robe de dentelle noir laissant voir les courbes parfaites de son corps. Sa beauté était sans égale et avait frappé Sir Winks. Il lui proposa des vêtements secs, mais la femme répondit non de la tête, il lui proposa alors une couverture qu’elle refusa également. Il se décida finalement à allumer le feu dans la cheminée, lorsque ce fut chose faite, elle s’assit près du feu et lui fit signe d’en faire autant. Se retrouvant à ses côtés, il put admirer de près son visage, visage d’une indescriptible beauté, et cela malgré son teint cadavérique, ses yeux brillaient comme des flammes, ses lèvres étaient d’un rouge très vif faisant ressortir ses dents, dents aussi blanches que des perles. Elle pencha, puis posa sa tête sur l’épaule de Sir Winks qui fut soudain parcouru d’un frisson, aucune chaleur n’émanait de son corps, comme s’il s’agissait d’un cadavre. Deux heures s’écoulèrent ainsi, sans mot dire, simplement côte à côte, puis tout à coup, la jeune femme se leva, l’air terrorisée, remercia Sir Winks et enfin disparut, comme volatilisée.

Le lendemain, la bourrasque n’ayant toujours pas diminué son ardeur, Sir Winks fut contraint de rester cloîtré dans cette demeure. Le temps lui semblait terriblement long, il ne vit point son hôte et passa la journée à lire, il ne cessa de penser à la belle inconnue, se demandant tant de choses : Que faisait-elle ici, en pleine nuit ? Pourquoi n’avait-elle rien dit, si ce n’est la question posée lors de son arrivée et ses remerciements ? Comment était-il humainement possible que son corps fut si froid ? Toutes ses questions demeuraient sans réponse. Une seule chose était pour lui une certitude, le regard de braise qui lui avait été donné de voir, lui avait littéralement enflammé son coeur et son âme, il souhaitait plus que tout pouvoir la revoir, mais comment pouvait-il la retrouver, ne connaissant même pas son nom. Enfin le jour fit place à la nuit, il espérait qu’elle reviendrait le voir, comme la veille, mais malheureusement son attente fut vaine, c’est accablé par la mélancolie qu’il alla se coucher.

Au matin, la neige avait enfin cessé de tomber, il pouvait donc reprendre sa route, il avait décidé de s’acquitter au plus vite de son travail, puis il reviendrait sur ses pas afin d’essayer de retrouver cette femme. Malgré l’épaisse couche de neige qui n’était pas faite pour lui faciliter le voyage, le trajet se déroula sans encombre, il arriva rapidement en vue du château, ou plutôt des ruines d’un château. Etait-il possible qu’un homme puisse vivre ici ? Il ne le pensa point, et c’est avec beaucoup de découragement qu’il prit le sentier qui menait au manoir. Le sente escarpé grimpait le long du flanc d’une montagne schisteuse, longeant un précipice qui ressemblait plutôt à un gouffre, un sombre abîme sans fin. Enfin il arriva devant l’entrée de la citadelle. Il frappa trois coups, contre la lourde porte d’entrée, à l’aide du marteau d’acier et attendit. Après quelques minutes, l’huis s’ouvrit, et l’homme qui se tenait dans son ouverture lui dit :

-"Bienvenue dans notre demeure, nous ne saurions que vous quémander d’entrer."

Sir Winks entra et voulu se présenter, mais il n’eut pas le temps de finir qu’il fut interrompu :

- "Nous savons qui vous êtes, Sir Winks, sachez qu’ici, dans notre merveilleux pays, nul ne peut se cacher de nous, nous savons tout ce qui s’y passe, jusqu’aux plus petits secrets. Nous savons, en outre, que votre long voyage a été retardé par la neige et vous avez eu la chance, ou peut-être le malheur de trouver refuge pendant la tempête, suivez-nous, nous allons vous montrer votre humble chambre, car nous osons compter que vous resterez quelque temps parmi nous."

Ce discours emplit Sir Winks de stupeur, cette homme eut-il recours à la magie pour connaître et son nom, et le déroulement de son voyage ? De plus, le ton sur lequel la requête lui avait été faite ne lui laissa pas vraiment le choix, il accepta, bien que son plus vif désir fut de partir au plus vite.

Le château, dans un état de délabrement avancé, devait avoir plusieurs siècles, les meubles étaient de style, quoique dans des styles différents, de lourdes tentures de velours ocres étaient devant chaques fenêtres, le ménage ne devait, ici, pas être une des plus grandes préoccupations car un épais duvet de poussière recouvrait absolument tout. Dans la chambre, se trouvaient un grand lit à baldaquin, une commode, une armoire, un canapé, une table basse ainsi qu’une bibliothèque, près de la fenêtre se trouvait enfin un bureau et une chaise. L’homme dit alors :

-"Voici votre chambre, votre voyage ayant dû être éprouvant, aussi nous vous laissons le loisir de vous mettre à l’aise puis vous pourrez nous rejoindre dans la salle à manger ou vous sera servi un frugal repas, après cela, nous aurons toute la possibilité que vous nous remettiez le plis que nous attendons."

Ensuite de s’être changé, Sir Winks se rendit dans la salle à manger, une pièce immensément grande, mais meublée comme elle avait dû l’être depuis toujours. Son hôte était déjà installé au bout d’une longue table rectangulaire, et l’invita à s’asseoir à l’autre extrémité. Le repas était déjà servi, un repas très copieux comprenant des viandes principalement, mais aussi quelques légumes, des fruits, des fromages, et comme boisson du vin rouge, un excellent vin de Valachie. Le seigneur ayant déjà mangé lui dit de se servir de ce dont il voulait. Notre ami se contenta toutefois d’un morceau de viande, d’un peu de légumes et d’un seul verre de vin, ne valait-il pas mieux, en effet, de rester maître de ses actes dans cet endroit où l’atmosphère avait l’air si mystérieuse, si malsaine ?

Après le repas, Sir Winks remit le pli au seigneur, celui-ci en prit rapidement connaissance, un sourire de satisfaction illumina son visage. Il faut dire que sur cette homme tellement singulier, qui paraissait si froid, si dure, le moindre signe d’émotion était si rare qu’il n’était possible de s’en apercevoir. Cet homme sans âge, tout de noir vêtu, à la peau très pale, avec des yeux éclatants, presque rouges et de long cheveux gris avait dans sa physionomie de quoi effrayer plus d’une personne. En y réfléchissant bien, tout ici paraissait tellement étrange, tellement surnaturel.

Nos deux protagonistes passèrent la nuit à parler de l’histoire de la famille du seigneur, une noble famille de guerrier qui était au pouvoir depuis de nombreux siècles, mais un règne de terreur et de sang. Un des ancêtres du seigneur, Le prince Vlad III, avait, jadis perdu, alors qu’il était en guerre contre un peuple ennemi, sa jeune femme. Celle-ci, ayant ouï-dire que son mari était mort au champ d’honneur, n’avait eu de cesse de le rejoindre dans l’au-delà et s’était donnée volontairement la mort, l’homme, qui jusqu’alors était très croyant, fou de douleur et accablé par le chagrin, renia, blasphéma Dieu, l’église et la religion et jura que désormais le mal régnerait sur ses terres pour que chacun paya de l’outrage qui lui eut été imposé par le ciel. A force d’allusions, de petits détails, on aurait dit que le conteur et l’ancêtre ne formaient qu’un seul et même homme. Du reste le seigneur mettait tant de conviction dans son récit qu’on eut dit que cela se fut passé hier. Ce n’est qu’à l’aube qu’ils allèrent se coucher.

C’est en rêvant à la belle inconnue que Sir Winks plongea dans les bras de Morphée. Il dormit toute la journée, mais d’un sommeil très tourmenté, où s’alternait les pensées pour l’inconnue et d’affreux cauchemars. La nuit suivante, au réveil, après s’être habillé, il voulu tenter de s’échapper pour retrouver sa belle, malheureusement, la lourde porte d’entrée était verrouillée et il ne trouva nulle autre issue. Pour la première fois de sa vie, il avait très peur. Soudain, il vit le maître des lieux, surgit de nulle part, qui lui demanda :

-"Vous ne vous sentez point d’aise d’être parmi nous que vous vouliez déjà nous quitter ? Sachez que vous êtes libre de partir quand bon vous semble."

En disant cela, l’homme ouvrit, sans clef, la lourde porte, mais au même instant, comme s’ils eussent été commandés par une force divine, des loups, plusieurs centaines de loups encerclèrent le château en poussant leurs horribles hurlements.

-"Quelle musique magnifique, n’est-il pas ?"

Sir Winks ne put s’empêcher de dire :

-"Je ne sais pas ce que vous trouvez de magnifique aux hurlements de ses bêtes sauvages, moi cela me glace le sang. Du reste, je dois bien vous avouer qu’ici, je trouve tant de choses énigmatiques, que je vous avouerais que j’ai grande envie de vous quitter, et cela sans mensonge."

L’homme, qui était en train de caresser un loup ne répondit pas, mais se contenta de ricaner sournoisement. C’est alors qu’il se saisit de Sir Winks, qui put alors apercevoir ses dents, des dents très pointues, dont les canines ressemblaient plus à celles d’un loup qu’à celles d’un humain. La force de cette homme, bien que beaucoup plus âgé que notre ami, était considérablement plus développée que la sienne.

-"Jamais vous n’aurez le loisir de sortir d’ici vivant !"

Lui cria-t-il, puis il le souleva et le lança violemment à terre, dans la cour du château. Soudain, une voix de femme, venant de la porte qu’il avait omît de refermer, dit :

-"Pourquoi ne pas choisir une victime de votre force, de votre pouvoir ? Vous savez bien que vous êtes immensément supérieur à cet homme !"

Sir Winks, très surpris, reconnu immédiatement la voix de la belle inconnue. Le seigneur eut l’air outré de cette requête et dit :

-"Par les pouvoirs qui nous sont conférés, comment osez-vous vous rendre ici, chez nous, qui plus est pour nous défier ? Sachez que nous vous trouvons bien impertinente, votre audace n’a d’égale que votre inconscience, vous allez nous payer cette affront."

La scène qui suivi dépassa largement l’entendement humain, l’homme et la femme, tels deux bêtes féroces commencèrent à se battre, mais avec une telle force, une telle rage, une telle haine que, si Sir Winks eut le malheur de s’interposer, il fut misérablement et mortellement blessé. Cependant les deux créatures, car ce n’est désormais plus d’homme qu’il faut parler, mais bien de créatures (du ciel ou de l’enfer, je ne le sais point), ne semblaient point ressentir les coups assénés, leurs forces semblaient équivalentes. Dehors, les loups se battaient entre eux, un violent orage se déchaîna, comme si ces deux êtres avaient pouvoir sur les éléments. Les blessures que s’infligeaient les deux monstres semblaient guérir aussitôt, il semblait que rien, ni personne ne pouvait les faire trépasser.

Sir Winks était à la fois plein d’inquiétude pour sa propre existence et celle de cette femme, mais aussi terrifié par la tournure que prenaient les événements. C’est alors qu’il prit son pendentif, un petit crucifix en or, et qu’il se mit à prier. Les deux créatures, à la vue de cette croix eurent l’air pétrifiées de peur, mais une crainte de par plus intense que celle qu’il éprouvait lui-même. Leurs regards, l’un empli de haine et l’autre empli de supplication fixaient cet objet, en semblaient hypnotisés. Sir Winks se releva, tenant maintenant le crucifix à bout de bras, et couru hors du château, ignorant les loups qui étaient encore occupés à se battre. Dès qu’il eut franchi la porte, ceux-ci stoppèrent net et se mirent en cercle autour de lui, courbant l’échine et montrant leurs crocs acérés, il se crût alors perdu.

Ce fut à ce moment là que la femme sortit et poussa un hurlement sauvage qui, instantanément eut le pouvoir d’apaiser les loups qui devinrent aussi doux que des chiens. Elle pris fermement Sir Winks dans ses bras, et aussi surprenant que cela puisse sembler, s’enfuit loin du château, pas en marchant, pas en courant, mais par la voix des airs. La dernière parole qu’ils entendirent de la part du seigneur avant de s’éloigner fut :

-"Par le sang de l’enfer, nous vous jurons de vos faire payer cette affront, Loreleï, nous achèverons votre misérable existence de notre propre main, la terre, désormais, aussi grande qu’elle puisse vous sembler, n’est point assez grande pour nous deux !"

Un peu plus tard, les deux fuyards se trouvèrent devant la crypte contiguë à l’auberge, le trajet n’avait duré que quelques minutes, bien moins qu’il n’en avait fallu à Sir Winks avec son cheval. Loreleï ouvrit alors la porte et invita notre ami à entrer. Celui-ci , ne voulant croire à ce qu’il avait vu, lui dit :

-"Merci, je vous dois la vie, mais comment diable avez-vous fait ?"

La jeune fille, suivie de Sir Winks, pénétra dans la crypte puis descendit un long escalier en colimaçon qui aboutissait dans une salle soutenue par une voûte, de chaques côtés se trouvaient deux portes qui semblaient être l’entrée d’autant de caveaux, au milieu de cette pièce se tenait un autel de marbre sur lequel reposait un cercueil noir, garni de satin noir également, mais vide. Une odeur pesante et nauséabonde de souffre et de mort empestait l’air, enfin le sol était jonché de restes de squelettes, de crânes et de poussière. La jeune femme s’assit à même le sol puis, enfin, commença à parler :

-"Après ce que vous avez vu, je pense que je me dois de vous donner quelques explications : Vlad, plus connu sous le nom de Tepes, l’empaleur, ou sous celui de Dracula, et moi-même, comme vous avez pu le voir, ne sommes plus des êtres humains, oh, nous l’avons bien été jadis, mais maintenant...(elle hésita) Oui, maintenant, tous deux sommes des vampires, savez-vous ce qu’est un vampire ?"

Sir Winks avait en effet déjà entendu parler de vampires, mais pour lui, dans son esprit si terre à terre, cela relevait de la légende, bien qu’aujourd’hui, preuve lui avait été faite du contraire. Mais la jeune fille continua son étrange récit :

-"Vlad est le prince des vampires, âgé de plus de quatre cent ans, c’est le seul vampire qui l’est devenu, punition divine infligée à la suite de ses injures et de ses parjures à l’égard du ciel, par la seule volonté de Dieu; mais c’était sans compter les forces du mal, qui lui ont transmis tant de pouvoirs, nous autres sommes tous ses descendants. Nous avons la faculté de contrôler certains éléments, comme vous avez pu le constater avec les loups et avec l’orage, nous avons beaucoup plus de forces que vous, les humains, et surtout, nous avons quelque chose que beaucoup d’hommes nous envient, l’immortalité. Malheureusement, pour moi, pauvre goule, l’immortalité me parait bien illusoire, car pour vous sauver, j’ai du défier Vlad, jamais il n’oubliera cet affront, de plus ses pouvoirs sont supérieur à ceux de n’importe lequel d’entre nous. Pour l’instant, nous pouvons rester ici, car il ne viendra pas cette nuit, le jour ne se lève que dans une heure et nous ne pouvons sortir pendant la journée que nous passons à dormir, mais vous, vous devriez profiter de cette journée pour fuir."

-"Et vous laisser seule affronter ce monstre ?"

Demanda-t-il, car pour lui, il n’était pas concevable de laisser Loreleï ici, la sachant en danger. De plus, il se sentait redevable de son salut, aussi lui proposa-t-il de le suivre et de venir vivre avec lui, dans son pays. Mais la jeune fille, troublée par cette offre, repris la parole :

-"Je suis sincèrement touchée par votre proposition, mais je suis obligée de demeurer ici, car pour dormir, je dois me trouver dans mon cercueil, sur la terre de mon pays. Bien que ce ne soit pas l’envie qui me manque, si je vous suivais, je mourrais."

-"Et si nous pouvions nous rendre à Bråila, nous irions à l’hôtel et, je pourrais essayer de trouver un moyen de vous emmener loin des Carpates tandis que vous m’attendriez ?"

Cette proposition parut plaire à Loreleï, puisque celle-ci empoigna la main de Sir Winks, monta rapidement l’escalier, puis, après lui avoir demandé une dernière fois s’il était vraiment sur de ce dont il faisait le saisit par la taille, enfin ils s’envolèrent en direction de la grande ville. Arrivés en ville, ils se rendirent devant l’hôtel qu’il avait occupé lors de son arrivée tandis qu’il vaquait aux préparatifs de son voyage.

-"Je crois qu’il vaut mieux que vous entriez seul, car si quelqu’un me vois, je ne pense pas que nous soyons les bienvenus, je vous rejoindrai dans la chambre, Mais par pitié, faites vite, je vois déjà le jour qui pointe."

Sir Winks entra, mais il ne trouva pas âme qui vive à la réception, il est vrai que, à cette heure matinale, peu de gens essayaient de trouver un endroit où dormir, il sonna, appela, mais en vain, personne ne répondait. Il attendit un instant puis revint sur ses pas, mais avant qu’il ait eu le temps d’ouvrir la porte, il entendit un cri strident venant de la rue. Il se précipita dehors et vit Loreleï à l’endroit où il l’avait laissée et un homme au loin qui courait, elle lui dit que cet homme, un indigène, l’ayant aperçue c’était mis à crier et à fuir. Bien lui en pris, car ses cris semblaient avoir réveillé quelques gens, en effet, plusieurs fenêtre ont alors laissé paraître de la lumière. Il retourna donc dans l’hôtellerie et put louer une chambre. Aussitôt après que l’hôtelier se soit retiré, notre ami ouvra la fenêtre afin que Loreleï puisse le rejoindre, puis il ferma les volets et alluma une chandelle. La petite chambre, bien que très simple, ravit Sir Winks, car pour la première fois depuis son départ, il lui semblait être de retour dans le monde civilisé. Les deux comparses se jetèrent sur le lit, puis côte à côte sombrèrent dans un sommeil de plomb.

Il était un peu plus de quatorze heures lorsque Sir Winks se réveilla, Son amie, elle était à côté, mais on ne parvenait à distinguer son pouls, ni même sa respiration, son corps se trouvait aussi froid et dur qu’un mort, cela était-il donc normal ? Il ne le savait pas. En contemplant longuement cette femme, il se rendit compte qu’elle était encore bien plus belle que lorsqu’elle était éveillée, son visage avait quelque chose de céleste, d’angélique. Notre ami était subjugué, complètement envoûté par cette sublime beauté, peut-être devrait-il y perdre la vie, mais il ne pouvait se résoudre à l’abandonner à son triste sort, il se devait de trouver un moyen pour fuir, loin, hors de cette contrée. Il prit donc une douche et se vêtit en hâte. puis, ensuite de s’être assuré une dernière fois que la fenêtre fut bien close, afin que la vampire, mot qui l’emplissait d’affres, soit en sécurité, il referma la porte à clef et sortit.

C’est avec une grande joie qu’il revoyait des humains, ses semblables qui allaient çà et là, courant en tout sens dans cette grande avenue, pleine de vie, où se trouvait la pension. De chaques côté de la rue, se trouvaient de nombreuses boutiques ainsi que de grands restaurants, de hauts arbres nus longeaient au bord de chaques trottoirs, et au milieu, la chaussée était recouverte de pavés gris et rose, il semblait que ce boulevard faisait partie des quartiers chics de la ville, en d’autre circonstance, cela eut sans doute ravit Sir Winks, mais en ce moment, il n’était pas dans un état psychologique lui permettant le loisir de se laisser aller à ses rêveries, le temps lui était compté, car le risque de se retrouver nez-à-nez avec Vlad était plus qu’une simple probabilité. Il se rendit à la gare, qui n’était distante que de cinq minutes à pied du quartier où il se trouvait.

L’homme qui se tenait derrière le guichet lui indiqua que le premier train à destination de l’Europe occidentale ne partait que vendredi, il mettait six jours pour se rendre à Paris, via la Germanie. Autrement il pouvait également emprunter la voix maritime, cela était moins coûteux, mais beaucoup plus long, le premier navire quittait le port dans la matinée du lendemain, il lui fallait en outre plus de dix jours, pour autant que le temps fut clément, le cas échéant ce voyage pouvant s’avérer beaucoup plus long, pour parcourir le trajet jusqu’à Marseille, et de là, il fallait prendre le train. Il opta en toute logique pour le train, il lui restait donc quatre jours à passer, cloîtré, en Transylvanie, mais il restait encore un problème épineux, le problème du cercueil et de la terre, comment pouvait-il s’y prendre ?

Il se rendit à la poste puis télégraphia à son associé, Maître Duvalneuf, avocat de génie, exerçant au barreau de l’Ile-de-france, mais aussi son plus grand ami, afin de lui exposer sa situation, espérant que celui-ci saurait trouver une solution. Car il lui semblait nécessaire d’effectuer toutes les démarches afin que le voyage se déroule sans encombres, et, devant transporter un cercueil, cela n’allait pas être commode. Il rassura son associé sur l’aboutissement de sa mission, puis en vint à parler de Loreleï, mais sans entrer dans les détails concernant la vie de cette femme, car bien que son ami fut très ouvert, il n’était point homme à croire à des sottises telles que l’existence des vampires et le prendrait-il sans doute pour fou s’il eut avouer qu’une goule lui eut sauvé la vie et qu’il s’en fut épris.

Devant alors attendre quelques temps avant de recevoir une réponse, Sir Winks se rendit dans un taverne afin de manger un morceau. Tandis qu’il était en train de manger, il entendit des bribes d’une conversation que se faisaient deux hommes, accoudés au bar, ceux-ci parlaient de l’incident du matin, où disaient-ils, des vampires se tenaient en ville, dans leur discussion, ils disaient qu’ils fallait absolument retrouver tout vampire afin de lui trancher la tête, voir même de lui planter un pieu dans le coeur. Sir Winks faillit s’étrangler de stupéfaction, comment des hommes, qui paraissaient sains d’esprit, pouvaient vouloir infliger un châtiment aussi cruel ? Non, décidément, il ne comprendrait jamais ce peuple barbare.

Une heure et demie plus tard, Sir Winks retourna à la poste, et c’est avec plaisir qu’il put prendre connaissance de la réponse de son ami. Il le remerciait de ses nouvelles et lui suggérait de retrouver une de ses relations, un notaire nommé Walsinkski, qui serait sans doute plus à même de l’aider. La journée étant déjà fort avancée, il s’en retourna à l’hôtel afin de retrouver Loreleï qui ne devrait plus tarder à se lever. Demain, il n’aurait de peine à trouver ce notaire qui pourrait sans doute l’aider.

Arrivé dans sa chambre, il vit que Loreleï n’avait pas bougé, elle dormait encore de son sommeil de mort, bien que le bruit de la rue, très animée, fut assez fort, ce n’est qu’un peu avant onze heures qu’il perçu un premier battement de paupières, le corps semblait revenir à la vie, finalement, elle ouvrit les yeux. Loreleï, qu’il n’avait jamais vu avaler quoi que ce soit, voulais partir se nourrir, mais Sir Winks ne paraissait pas décidé à la laisser sortir, du moins tant qu’ils se trouvaient en Valachie. Pourtant, dehors la nuit était très claire, éclairée par la pleine lune, tout semblait très calme, mais soudainement, la foudre, accompagnée par un sourd coup de tonnerre, s’abattit sur un arbre juste devant leur fenêtre, Loreleï, un peu épouvantée, dit :

-"Vous voyez, Vlad sait déjà où nous sommes, peut-être ai-je omis de vous dire qu’il pouvait lire dans les pensées, je n’ai moi-même, hélas, point cette faculté. Et si le plaisir lui en prends, il peut se transformer en simple courant d’air pour nous rejoindre en un instant."

A peine eut-elle fini cette phrase qu’un second coup de tonnerre se fit entendre, la vitre de la chambre vola en mille éclats. Sir Winks s’approcha de la fenêtre, et eut un mouvement de recule, devant l’hôtel, à côté de l’arbre en feu, se trouvait Tepes. Son pouvoir était vraiment époustouflant. Le monstre s’écria :

-"Loreleï, vous savez que toujours, nous tenons nos promesses, aussi est-il bien futile de vous cacher, descendez à nous, nous vous attendons."

Mais la goule se contenta de s’avancer vers le trou béant de la fenêtre, elle ne semblait vouloir donner suite au prince, elle tenta de l’apaiser :

-"Pourquoi devoir nous entre-tuer, si vous nous laisser sauf, Sir Winks et moi voulons quitter la Transyl..."

Elle fut interrompue :

-"Jamais quiconque qui s’est mis en travers de notre chemin n’eut été épargné, de plus votre ami, nous pensons que c’est comme ça que vous qualifiez cette misérable vermine, devait nous nourrir, nous, votre maître, mais nous attendrons, il vous faudra bien vous nourrir, et par conséquent sortir, ou peut-être voudriez-vous boire le sang de votre ami ?"

Là, au vu de l’expression de désarrois et de crainte se lisant sur le visage de la belle, Sir Winks comprit immédiatement que le vampire avait raison, et, si sa conception eut été bonne, elle devait se nourrir de sang frais. A cette idée, il fut parcouru de frissonnements, mais c’est sans hésiter qu’il proposa à Loreleï de son propre sang, mais celle-ci ne voulut accepter.

-"Vous savez mon ami, que je me navre que les choses soient ce qu’elles sont, je ne voulais point vous avouer ma nature, ce n’est que la force des choses qui m’ont amenée à vous dévoiler ma race, aussi je ne veux pas de votre sang, bien que votre proposition me flatte, vous savez, vous êtes le seul être qui n’ait jamais eu confiance en moi, c’est le plus beau cadeau que l’on puisse imaginer."

Le regard qu’ils échangèrent les firent presque oublier Vlad, mais celui-ci se mit à rire bruyamment, d’une rire ironique.

-"Il nous a fallu traverser tant d’années, tant de siècles, pour ouïr de telles bassesses. Ah, ah, ah ! Vous nous amusez, aussi nous croyons que l’heure de la vengeance n’a pas encore sonné, nous serions aise de nous amuser encore de telles servilités."

A la suite de quoi, Vlad se changea en loups qu’ils virent s’éloigner.

 

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CHAPITRE II

VOYAGE EN EUROPE OCCIDENTALE

 

 

Le lendemain, à l’aube, dès que la belle se fut endormie, Sir Winks partit à la recherche de Monsieur Walsinkski, celui-ci avait son cabinet au front de mer, dans une petite maisonnette construite en briques rouges, ce qui obligea notre homme à louer un fiacre pour se déplacer, en effet, la mer se trouvant à l’autre bout de la localité. Arrivé à l’étude, il se présenta au clerc comme un ami de Maître Duvalneuf, et demanda à parler avec le notaire, c’est avec la plus grande cordialité qu’il fut immédiatement reçu par Monsieur Walsinkski, un homme qui devait avoir dans la cinquantaine, vêtu avec beaucoup d’élégance, au caractère très courtois et chaleureux. Cet homme lui offrit une tasse de thé, puis s’empressa d’avoir des nouvelles de son vieil ami. Un long entretien s’ensuivit, qui dura quelques trois heures, Sir Winks raconta sa mésaventure ainsi que sa rencontre avec Loreleï, là-dessus, le notaire l’interrompit et questionna notre ami :

-"Loreleï ? Voulez-vous sans doute me parler de cette femelle vampire ?"

Ainsi donc il connaissait l’existence de cette goule, cela allait nettement simplifier l’exposé, le notaire parut captivé par le récit, puis tenta inutilement de dissuader l’entreprise qui ne serait pas sans difficulté, d’un périple qu’il qualifiait de pure vésanie, mais finalement, ce fut de bon coeur qu’il accepta d’aider Sir Winks, il semblait grand connaisseur des moeurs des vampires et suggéra à notre ami de voyager par mer, en effet, le cercueil pouvant aisément se dissimuler dans une caisse, il y’aurait beaucoup mois de justification à donner que pour le train, les formalités douanières étaient en outre beaucoup moins fastidieuses. De plus ils seraient à l’abri de Vlad, car les vampires ne pouvant se déplacer sur l’eau, sauf à marée haute, il lui était impossible de les rejoindre. Il réfléchit un instant, et appela son clerc, qu’il envoya chez un armateur de ses connaissances, afin qu’il trouva un navire acceptant un noble occidental assez excentrique qui voyageait avec quelques caisses de terre.

-"Vous comprendrez aisément qu’il est important qu’à part nous personne ne soit au courant. Dès que j’aurai des nouvelles, je vous tiendrai informé."

Là-dessus, Sir Winks prit congé du notaire et s’en retourna à l’hôtellerie pour essayer de dormir un peu.

L’après-midi était déjà fort avancé lorsque quelqu’un frappa à la porte de la chambre, il s’agissait du clerc porteur d’une missive. Celle-ci faisait part qu’un navire partait le lendemain un peu avant midi, et que le capitaine, moyennant le payement de huitante écus, acceptait de faire voyager un fou et ses fichues caisses (selon les termes du marin). En outre, le notaire fixait rendez-vous à minuit au port, dans un hangar, l’entrepôt portant le numéro vingt-trois, ceci, écrivait-il, afin de s’occuper des apprêts du voyage. Sir Winks attendit avec impatience que la belle fusse éveillée pour lui conter le déroulement de l’expédition. Loreleï semblait un peu craintive à l’idée de voyager par mer, mais sa peur de l’élément liquide semblait dérisoire comparée à celle engendrée par Vlad. Ils fut décidé que Loreleï irait à la crypte afin d’y prendre le cercueil et ainsi revenir avant le rendez-vous. Elle sortit par la fenêtre, puis Sir Winks ne vit qu’une petite chauve-souris s’envoler.

Loreleï, ou plutôt le chéiroptère, s’arrêta d’abord en ville afin de se nourrir, elle jeta son dévolu sur un homme qui marchait seul dans une petite ruelle sombre. La goule reprit sa forme humaine, puis agissant en tant qu’experte en la matière, ne mit que quelques secondes pour saisir le pauvre homme et lui trancher la carotide, aidée de ses canines affilées, un temps si bref qu’il n’eut ni le temps de crier, ni celui de se débattre, elle plaqua ses lèvres exquises sur la mortelle blessure et vida le malheureux de son sang. Ce sang, dont elle avait tant besoin, raviva Loreleï, qui se hâta d’achever sa tache, elle se rendit donc très rapidement devant la crypte. Elle y entra, regarda une dernière fois son tombeau, puis en ressorti avec le lourd cercueil d’ébène noir.

Pendant ce temps, Sir Winks resta à l’hôtel, il attendait, un peu inquiet le retour de son amie, il fut soulagé de la voir revenir, saine et sauve, sa tâche accomplie. Ils sortirent alors et, pour la première fois depuis leur rencontre, eurent la liberté de se promener ensemble. Ça et là, tantôt les gens criaient, tantôt fuyaient à la vue de ce couple pour le moins singulier qui se rendait au port. Lorsqu’ils arrivèrent dans le dépôt, lieu de rendez-vous, le notaire était déjà présent, celui-ci eut un léger mouvement d’appréhension, sentiment tout à fait compréhensible, à la vue de Loreleï, mais celle-ci se tint à quelques distances afin de ne pas l’effrayer.

Le travail du notaire dépassait toutes les espérances de Sir Winks, il avait non seulement trouvé le navire, mais en plus il avait pu trouver cinq caisses, en bois, de huit pieds sur dix, haute de six, quatre étaient pleine de terre et dans la cinquième, il avait laissé assez de place pour le cercueil, il pria Loreleï de s’empresser d’aller chercher son cercueil, cependant que les deux hommes s’occuperaient de remplir les documents pour le voyage, à savoir les papiers pour la douane et les dernières recommandations. Sir Winks devint ainsi un notable français qui s’était rendu en Transylvanie afin d’acquérir de la terre, un terreau aux propriétés particulières, qu’il voulait impérativement pour l’installation d’une serre dans son domaine, près de Paris. Le notaire avait pris soin d’apporter des vêtements pour que Sir Winks eut l’air d’un riche bourgeois. Loreleï, elle devrait rester enfermée dans son cercueil durant le voyage, le bateau les conduirait à Gènes, en Ligurie, puis de là, ils prendraient un train jusqu’à Paris. Le billet, accompagné de l’ordre pour les caisses se trouvaient déjà en possession d’un armateur génois, qui viendrait les lui remettre dès que le bâtiment eut accosté.

Lorsque Loreleï revint, le notaire lui demanda de le mettre dans la dernière caisse qui était ouverte, emplie de terre aux tiers afin qu’elle puisse ouvrir le cercueil à l’intérieur, sans devoir ôter le couvercle, ensuite de quoi il mit trois cages contenant chacune une demi-douzaine de rats, afin que la goule puisse se nourrir sans attirer l’attention. Sir Winks parut médusé de voir de quoi la belle allait survivre. Il fallait en outre que la non-morte fasse monter la marée, grâce à quoi les marins pourraient hisser les caisses sur l’embarcation avant le lever du soleil, elle ne devrait par oublier de faire de même à l’arrivée. Loreleï et Sir Winks se regardèrent longuement, puis le visage de la belle laissa paraître une expression de bonheur, mais aussi de crainte.

-"Adieu mon très chère ami, je souhaite que tout se passe bien, à bientôt."

Dit-elle, puis elle déposa un baiser sur la main de Sir Winks, entra dans la caisse dont le notaire cloua le couvercle avec empressement. A la suite de quoi les deux hommes marchèrent sur le quai où était amarré le navire. Ce vaisseau, baptisé LE BOLGARIA, long à vue d’oeil d’une septantaine de pieds, fort de ses quatre mats, était plutôt imposant, le capitaine qui était posté sur le pont, grommela des ordres à ses hommes lorsqu’il aperçu le notaire. Dix hommes, d’une carrure imposante, mirent pied à terre et se rendirent auprès des deux hommes, le notaire leur désigna l’entrepôt où se trouvaient les caisses. Quelques instants plus tard, les boîtes étaient posée au bord du quai. Le notaire frappa sur l’une d’elle, signal convenu avec la goule que le moment était venu de faire monter la marée. Une nappe d’un brouillard impénétrable s’abattit alors sur le port, puis la marée commença à monter. Les marins regardaient l’eau qui montait à une vitesse telle que jamais ils n’avaient vue. Le capitaine se mit à grommeler et à jurer, ce qui fit se hâter ses hommes, qui embarquèrent les caisses avec une rapidité déconcertante. Enfin le notaire remis à Sir Winks une lettre à l’intention de son ami, Maître Duvalneuf, puis dit :

-"Je vous souhaite un agréable voyage, sachez que si vous eussiez besoin de mes services, je me tiendrai volontiers à votre disposition, je vous donne également cet ouvrage, qui traite des non-morts, il est écrit en langue slave, mais il pourra vous être utile...(il lui remis le livre). Adieu, mon ami, que Dieu vous garde."

Sir Winks salua ce brave homme et grimpa sur le bateau. Le capitaine vint à sa rencontre, l’invita à le suivre et lui indiqua sa cabine.

-"V’là, la suite de m’sieur qu’est avancée, tâchez d’vous faire tout p’tit, j’ai pas envie d’vous’oir dans mes patoches à tout bout d’champ."

Lança le capitaine en tendant la main pour recevoir les huitante écus que Sir Winks lui remit.

-"Voilà un homme bien commode."

Pensa-t-il en entendant le vieux marin s’éloigner en jurant. La cabine était minuscule, un hublot donnait sur la mer, derrière lequel se trouvait une table avec, à côté, une couche, c’était là le seul ameublement de cette pièce où il allait passer plus de dix jours. Il se coucha alors et s’endormit. Un peu plus tard, quand il se leva, le bâtiment avait déjà parcouru de nombreux miles puisque la terre n’était plus visible. Sir Winks se sentait soulagé de quitter enfin la Roumanie et ses particilarités. Le temps ne semblait pas avancer, la seule personne qu’il voyait, c’était le marmiton qui lui apportait ses repas, le reste du temps, il voulu essayer de lire le livre que lui avait confié Monsieur Walsinkski, mais le slave n’étant point sa langue de prédilection, cela s’avéra impossible. Ses pensées allaient pour Loreleï, qui se trouvait seule, à fond de cale, pour elle aussi le voyage devait être long.

Dans la nuit du neuvième jour, Sir Winks entendit une agitation inhabituelle, vers deux heures, il fut réveillé par le capitaine, accompagné de trois matelots, qui se tenaient dans la cabine, celui-ci criait :

-"J’sais pas s’qu’y’a dans vos fichues caisses, s’êtes sur qu’s’est qu’d’la terre ? hmm ? d’jà la marée, p’is l’brouillard tout l’temps, p’is q’même mes hommes z’ont peur, l’pire c’est qu’y’a main’nant un d’mes hommes qu’a disparu, c’est jamais arrivé avant qu’vous et qu’vos satanées caisses soyez-à bord, y’a plus d’trent’ans qu’j’navige, jamais vu ça... V’nez avec nous, ’va aller ouvrir ses fichues caisses, j’veux savoir s’qu’y’a d’dans, et gare à vous, suivant c’qu’on y’trouve, j’pourais bien vous j’ter par d’ssus bord avec elles."

Sir Winks se leva, mais n’eut pas le temps de se vêtir qu’il se trouvait déjà fermement entravé par deux des matelots, ils le portèrent jusqu’à la cale où se trouvaient les fameuses caisses. Là, le troisième marin, armé d’un pied-de-biche, ouvrit l’une après l’autre les caisses, lorsqu’il allait ouvrir la quatrième, un officier fit irruption dans la cale en criant :

-"Terre ! Terre !"

Le capitaine semblait devenir fou, il regarda l’officier avec de gros yeux tout rond, se frappa la tête avec son index, poussa une longue suite de jurons dont il avait le secret, donna ordre de refermer les caisses, puis sortit en courant de la cale. Le matelot, en fermant les caisses qu’il avait ouverte tantôt, l’air étonné, regarda les deux molosses qui me tenaient toujours et leur dit :

-"Ce n’est pas possible que nous soyons déjà en Italie."

Les deux hommes, pour seule réponse, se contentèrent de hausser les épaules. Il se passait ici des choses bien incompréhensible, du moins pour les marins, car pour Sir Winks cela devait être le fait de la goule. Enfin, les trois hommes allèrent rejoindre leur poste en laissant là notre ami. Il frappa contre la caisse où se trouvait Loreleï, laquelle ouvrit tout à coup le couvercle. Elle prit Sir Winks et voulu le serrer dans ses bras, mais celui-ci recula, elle eut l’air triste et demanda la raison de son attitude, il lui expliqua alors ce que lui avait dit le capitaine, qu’il voulait bien accepter le vent et le brouillard, mais qu’il acceptait mal qu’elle eusse tué un marin. Loreleï lui assura qu’elle n’avait tué personne et qu’elle s’était contentée des rats, qu’elle n’aurait jamais osé commettre un geste qui puisse embarrasser son seul ami. Sir Winks remarqua qu’il était possible que le disparu fusse tomber à la mer sans que personne ne se douta de rien, il s’excusa de son manque de confiance, puis la serra fort dans ses bras, elle s’en retourna dans son cercueil, puis referma, au grand étonnement de son ami, seule le couvercle.

A peine le bateau eut-il accosté que la mer eut de nouveau une marée impromptue, un brouillard cachant promptement le vaisseau, si bien que le capitaine s’empressa de décharger le passager et ses caisses. Mais à cette heure matinale, ayant plusieurs jours d’avance, il fut bien évident que l’armateur ne se trouvait point sur le quai. Aussi Sir Winks s’assit sur une bitte et se mit à attendre. La nuit avait maintenant fait place au jour, le port s’animait, sa vie, avec son va-et-vient incessant de marins, de voitures et de bateaux, battait déjà son plein, ce n’est que vers dix heures qu’un homme s’approcha et demanda s’il parlait à Sir Winks, celui-ci acquiesça et se vit remettre le billet de train. Une voiture viendrait dans la matinée prendre les caisses pour les mener à la gare. Par chance, un train partait à huit heures et arrivait à Paris le lendemain en fin d’après-midi.

Sir Winks était assez inquiet de n’avoir toujours pas vu la voiture. Deux heures venaient de sonner lorsqu’enfin arriva une longue voiture tirée par six chevaux. N’ayant ni lui, ni le cocher, la force des marins, ils eurent grande difficulté à monter les caisses à l’intérieur de la voiture et s’est à la suite d’un travail harassant qu’ils y’parvinrent enfin. La gare se trouvait à quinze minutes du port, si bien qu’à quatre heures les caisses se trouvaient au bord des voies, prêtes à être hissée sur un wagon. Sir Winks proposa au voiturier, un jeune homme nommé Gino, de se rendre au buffet pour étancher leur soif, il est vrai que pour Sir Winks qui venait de vivre presque trois semaines dans l’hiver transylvanien, le doux climat de la riviera italienne lui semblait étouffant. Sans tergiverser un instant, Gino accepta, ils échangèrent des banalités, mais pour Sir Winks, cela lui réchauffait le coeur, la légendaire désinvolture des latins lui paraissait une vertu, eusse-t-elle été comparée à la rudesse des slaves.

Le reste du voyage se déroula sans autre incident, les caisses avaient été chargée, sans difficulté, par les employés du chemin de fer, dans la voiture placée en queue du convoi, le compartiment de Sir Winks était dans le wagon précédant, en première classe, quelques temps s’était écoulés, quelques lieus avaient été parcouru depuis le passage de la douane française, quand un bruit, venant de l’extérieur, attira son attention, il ouvrit la fenêtre, une petite chauve-souris entra alors dans le compartiment, s’accrocha au plafond, elle demeura là, jusqu’à un peu avant l’aube, où elle frappa contre la vitre, puis disparut dans les vestiges de la nuit expirante, comme un léger murmure, sans doute était-ce là Loreleï. Il dorma le reste du voyage, quant il ouvrit les yeux, il arrivait à Paris.

C’est avec soulagement qu’il ouvrit les battants de la porte et qu’il descendit de la voiture, jamais il n’eut ressenti pareil soulagement de fouler du pied le sol de Paris, cela mettait enfin fin à ce voyage éprouvant. Il eut le bonheur de voir Maître Duvalneuf et son valet qui l’attendaient.

-"Ah ! quelle joie de revoir son bon ami Arthur ! J’ai pensé que vous seriez aise que je vienne vous chercher. Je suis venu avec le cabriolet, et mon chauffeur, avec une voiture. Monsieur Walsinkski m’a télégraphié votre arrivée, je me suis renseigné sur l’horaire des trains et me voilà ! Venez mon jeune ami, que vous me contiez votre aventure, mon automédon va s’occuper de vos caisses."

Dit Maître Duvalneuf à Sir Winks, Arthur de son prénom, que seul quelques gens avaient le privilège d’employer, il répondit :

-"C’est fort louable à vous, Maître, mais je veux m’assurer personnellement de l’arrivée de ces caisses à bon port."

L’avocat n’eut pas l’air étonné de la réaction, car il connaissait fort bien la détermination de son ami dans toutes ses entreprises, et c’est sans contrariété qu’il consenti à attendre que les caisses fussent sur la voiture. La traversée de la ville se fit sans encombre. Ah, quel bonheur que de revoir les Champs-Elysées, Notre Dame, le Louvre et tant d’autre vestiges de la grande cité. Arrivé devant la demeure de Sir Winks, ils déchargèrent les caisses et les mirent à la cave, non sans peine, car il fallait descendre au sous-sol. Puis Sir Winks remercia son ami, puisqu’à cet instant, il n’avait qu’une envie, libérer sa belle et ne plus penser à cet affreux voyage. Dès que Sir Winks fut seul dans la maison, il s’empressa de descendre à la cave afin de libérer Loreleï. Mais à sa grande stupeur, la cercueil était vide. Affolé, il remonta quatre-à-quatre les escaliers, et sortit, une petite chauve-souris volait dehors, elle s’introduisit dans la maison, il revint sur ses pas et vit, avec félicité, la belle Loreleï.

-"Bonjour mon cher, je n’en pouvais plus d’être enfermée dans cette boîte, que je me suis permise de vous suivre de mon propre moyen, vous n’êtes pas fâché j’espère ?"

Demanda-t-elle à Sir Winks, qui lui dit alors :

-"Non, pas le moins du monde, j’imagine comme ce voyage a pu vous sembler fort ennuyeux. Bienvenue en mon modeste demeure, faites comme si vous y étiez chez vous. Je me suis permis de mettre les caisses à la cave, vous y serez tranquille, nous sommes bien loin de ce monstre de Vlad, puisse votre séjour ici vous être agréable."

Le reste de la nuit fut calme, Sir Winks étant tant épuisé qu’il alla se coucher, Loreleï quand à elle, vida le contenu des caisses au fond de la cave de la villa, puis y déposa le cercueil. Elle avait de cela son antre au coeur de la France. Tant de bonheur emplissait son âme qu’elle en eut l’air plus belle encore. Le lendemain matin, Maître Duvalneuf s’empressa de rendre visite à son ami, si impatient qu’il était de connaître toutes les petites anecdotes de ce périple. Il invita notre ami à sortir déjeuner en ville, Celui-ci était vraiment heureux, rien que le fait de ne plus voir les barbares qu’il avait du côtoyer jusqu’alors, se retrouver dans le berceau de l’ère moderne, quelle délice, quelle béatitude. Il raconta, avec force de détails, son voyage, la rencontre avec Vlad, celle avec Loreleï, l’aide reçue par Monsieur Walsinkski, duquel il remit la lettre, les péripéties du retour. L’homme de lois parut ébahi au récit de tant de choses invraisemblables, il ne mettait pas en doute la parole de son ami, mais argumenta quand même qu’il y’avait sans doute lieu à un grand épuisement mental et nerveux de la part de Sir Winks, lequel avait vraisemblablement bien besoin de repos. L’homme demanda, en outre, d’avoir le privilège de rencontrer Loreleï au plus vite, car il souhaitait la connaître, voir celle qui avait su toucher le coeur de son ami. Sir Winks lui dit simplement qu’avant de présenter la belle Loreleï à qui que ce soit, il souhaitait attendre un peu que la belle se fusse familiarisée quelque peu avec les coutumes occidentales. L’avocat fut d’accord d’attendre le moment jugé opportun. Après quoi, les deux comparses se séparèrent.

Sir Winks en profita pour flâner un peu, s’imprégner de l’ambiance inimitable de la capitale, cette atmosphère si particulière, il se promena dans le quartier latin puis traversa la seine et se rendit à l’opéra. Ce soir là, se jouait Roméo et Juliette de William Shakespeare, il prit donc le soin de réserver une loge pour voir cette pièce qu’il prenait grand plaisir à voir.

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CHAPITRE III

DECOUVERTE DE LA VIE PARISIENNE

 

 

-"Aimez-vous le théâtre ?"

Demanda Sir Winks à Loreleï lorsque celle-ci se fut levée.

-"Oui, je crois, mais cela fait maintenant si longtemps que je n’y suis plus allée."

-"Bien, alors donnez-moi la main et fermez les yeux, vous ne les ouvrirez que lorsque je vous le dirai."

Lui dit-il, il l’entraîna alors dans une chambre à l’étage. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle se trouvait devant une penderie où se trouvaient quelques quinze robes de bal, ainsi que plusieurs paires de chaussures. Sir Winks dit alors :

-"J’ai pris la liberté de louer une loge à l’opéra pour ce soir. Je souhaitais vous offrir une robe, aussi j’ai pu me faire prêter ces vêtements afin que vous puissiez choisir en toute tranquillité. Ouvrez les yeux, regardez et choisissez en toute liberté dans ces robes celle qui vous convient le mieux, choisissez également des souliers, changez-vous et rejoignez-moi en bas."

Loreleï regardait ces robes qui étaient toutes aussi belles les une que les autres, elle eut beaucoup de peine à se décider et jeta son dévolu sur une robe où se mariait harmonieusement un velours et de la soie de couleur noire, une robe magnifique comme seuls les grands couturiers parisiens pouvaient en faire. Dès que la belle fut prête, elle descendit rejoindre son ami. Lorsqu’elle entra dans la pièce, Sir Winks fut ébloui par tant de grâce, par tant d’élégance. Loreleï semblait une princesse, digne de figurer aux côtés des plus grandes dames de la capitale. Sa beauté conjuguée avec celle de la robe lui donnait l’air d’une déesse, une déesse pouvant perdre le coeur de plus d’un homme. Elle remercia Sir Winks, lui faisant éloge de sa grande générosité. Peu de temps après, il sortirent et prirent un fiacre pour se rendre à la place de l’Etoile, de là, ils marchèrent dans les rues, comme n’importe quel autre couple. Pour la première fois de sa vie de non-morte, Loreleï vit que la foule n’éprouvait aucune crainte à sa vue. Elle était émerveillée par tant de lumière, regardait les vitrines des boutique bordant de part et d’autre les boulevards, à ses yeux, tout ici n’était que richesse et beauté, pensée bien compréhensible pour qui n’a vécu que dans la sinistre Transylvanie. Ils arrivèrent à l’opéra une demie heure avant le début du spectacle, dans le hall d’entrée se trouvait déjà tout ce que Paris pouvait appeler la haute société, des nobles, des banquiers, des avocats, bref, ceux pour qui la vie est, à juste titre, un véritable plaisir.

A peine eurent-ils le temps de traverser le grand hall qu’ils se firent aborder par Madame De Davin, ancienne courtisane qui avait eu la chance de pouvoir convoler en juste noce avec l’un des hommes le plus riche de France, Sous ses allures de bourgeoise, son franc-parler trahissait quelquefois ses origines modestes. Toujours à l’affût des bruits du monde, elle s’approcha du jeune couple et dit :

-"Bonjours Sir, quelle est donc cette femme que je n’ai jamais vue auparavant ?"

Sir Winks lui présenta Loreleï comme étant une noble Valaque, en voyage d’agrément en France. Madame De Davin se tourna vers Loreleï et lui dit :"

-"Bonjour Madame, je suis Madame De Davin, mais appelez-moi Maude. Bienvenue dans notre belle ville, j’espère que votre séjour ici se déroule au mieux. Permettez-moi de vous dire que vous êtes d’une extraordinaire beauté. J’organise demain une petite réception chez moi et j’aurais grand plaisir de vous y convier, ainsi qu’Arthur évidement, cela nous donnera l’occasion de faire plus ample connaissance."

Loreleï eut l’air gênée du compliment, elle hésita un instant, regarda son ami, puis finalement accepta l’invitation de Madame De Davin. Le couple se rendit alors dans la loge. En voyant le foyer, la belle fut ébahie par ce lieu dont jamais elle n’avait soupçonné l’existence. Ils s’assirent, elle posa délicatement sa tête contre l’épaule de Sir Winks lorsque les trois coups, annonçant le début du spectacle, ont retenti.

La pièce, qui fut jouée avec un talent digne de son créateur, plu énormément à la belle, dont des larmes coulaient maintenant de ses yeux, elle regarda Sir Winks et, tendrement, lui dit à l’oreille :

-"Si l’amour ressemble à ce qui a été dit durant cette pièce, je crois alors que je vous aime..."

Cette déclaration failli causer, de bonheur, une attaque à notre ami, lequel lui dit alors :

-"Je vous aime aussi très chère, cela depuis notre première rencontre et bien plus que vous ne puissiez jamais l’imaginer."

Loreleï enlaça tendrement Sir Winks, celui-ci voulu embrasser la belle, mais elle s’echappa au baiser.

-"Je voudrai beaucoup vous embrasser, déposer mes lèvres contre les vôtres, mais je ne le puis point, n’oublions pas ma nature, si je vous embrassait, cela pourrait vous faire mourir ou vous faire devenir vous même un vampire, et cela je ne le veux pour rien au monde, je voudrais sincèrement qu’il en soit autrement, vous ne savez comme cela me navre, pendant quelques heures j’en avais presque oublié ce que je suis."

Lorsqu’elle eut fini cette phrase, les larmes coulant de ses beaux yeux meurtri par la tristesse redoublèrent, Sir Winks les essuya délicatement du revers de sa main, la belle saisit cette main et y déposa un baiser. Le désarrois se lisait sur leur visage, tout deux étaient maintenant conscient que leur amour ne pouvait être celui d’un couple normal, bien que leurs sentiments l’un pour l’autre étaient aussi fort qu’il en soit possible, leur différence les obligeait bien malgré eux à une relation platonique. Cupidon, fils de Vénus, impose des épreuves parfois bien cruelles.

Au sortir de l’opéra, Sir Winks proposa à Loreleï de découvrir le charme des berges de la Seine. A Paris, s’il est un endroit romantique, c’est bien les rives du fleuve, où les amoureux se retrouvent pour flâner en se laissant aller à leur rêverie. Mais Loreleï était trop triste, elle ne désirait nullement se promener, elle souhaitait rentrer. Ils prirent donc un fiacre et s’en retournèrent dans leur demeure. Loreleï sembla fort songeuse durant tout le temps que dura le chemin du retour., arrivé là, elle couru hors du fiacre et s’engouffra dans la maison. Sir Winks s’acquitta de la course et rejoint la belle qui, en pleurs, était allongée sur un canapé. Sir Winks posa sa main sur l’épaule de Loreleï, elle s’en saisit aussitôt, et dit enfin :

-"A quoi sert l’immortalité à ne jamais partager, à quoi bon l’Eternité, si pour ne jamais aimer."

Puis elle redoubla ses larmes, en se laissant aller au désespoir, Sir Winks était bouleversé de la voir dans cette état, cela dura ainsi toute la nuit, jusqu’a ce que l’aube pointe, moment où elle sombra dans sa nuit des ténèbres, son sommeil de mort.

La nuit suivante, Loreleï se leva, paraissant transformée, toute frétillante d’impatience à l’idée de se rendre chez Madame De Davin. Elle sorti de la cave vêtue de sa belle robe, elle avait ses longs cheveux noirs coiffés en chignion, ce qui lui allait fort bien. Elle serra longuement Sir Winks dans ses bras.

La réception battait son plein, de très nombreuses personnalités étaient présentes, toutes les personnes, ici, n’avaient de cesse de rencontrer la belle et mystèrieuse inconnue logeant chez Sir Winks. Madame De Davin se tenait sur le porche lorsque le couple est arrivé, elle s’approcha, fixa Loreleï et dit :

Par soucis de compréhension, la discussion est écrite en français, bien qu’ayant été faîte en dialecte Valaque.

-"Vous êtes bien la voïevode Loreleï, de Transylvanie ? Il y’a longtemps déjà que quelque chose, au fond de moi, me disait... JE SAVAIS , JE SENTAIS que je vous verrais un jour. Ce jour, hélas, est maintenant arrivé, jour où je dois reparler la langue de ma petite enfance, longtemps j’ai attendu ce moment."

-"Oui, je suis bien la voïevode Loreleï. Mais, vous parlez mon propre dialecte, comment est-ce possible ?"

-"Je suis née en Valachie, et j’y ai vécu jusqu’au jour où ma mère a été brûlée vive sous mes yeux, pour sorcellerie, ou plutôt, pour révolte envers l’infâme voïevode Dracula. Depuis ma naissance, elle s’était efforcée de me préparer à cette rencontre, et de m’appendre votre dialecte."

-"Ce que vous avez à me dire est donc tellement important ?"

-"Je ne veux point vous importuner avec ça. Non, je connais vos sentiments envers un homme, que je suppose être Arthur. Et vous, vampire, n’est-ce pas ?"

-"Comment savez-vous ?"

-"Taisez-vous, et écoutez-moi, si vous voulez vivre votre amour, vous avez la force de vaincre votre état, de devenir pratiquement, non... Vous deviendrez humaine, et vous pourrez aimer votre Roméo, de votre vie dépend l’avenir de notre peuple commun, vous devez vous rendre à Brad, il y’a la bas une sorcière, du nom de Tatiåna, elle seule possède le pouvoir de vous guérir de votre état, souvenez-vous, il en va de l’avenir de notre peuple."

-"Notre peuple commun ? Mais qui êtes-vous ?"

-"Peu importe mon nom, je ne vous demande pas de comprendre, mais simplement de me faire confiance, suivez mes conseils."

-"Pour l’élu de mon coeur, la seule personne que j’aie jamais aimée, je suis prête à tout, aussi je vais me rendre en Transylvanie et trouverai cette sorcière. Si elle peut me rendre humaine, je serai la plus heureuse des femmes."

-"Je vous le souhaite, sincèrement. Ah ! Oui, encore une chose, pas un mot à quiconque de notre entretien ! Madame Loreleï, je vous souhaite, ainsi qu’à votre cavalier, de passer une excellente soirée dans ma modeste propriété."

Sir Winks regarda Loreleï et dit :

-"Vous vous connaissez ?"

-"Non, mais ne me demandez rien, je ne peux rien vous dire."

Il n’avait rien compris, du reste personne dans la très nombreuse et très guidée assemblée n’avait compris un traitre mot de la conversation. Cette langue était inconnue de tous. Loreleï se tenait un peu à l’écart du monde et songeait à la signification de ce qu’elle venait d’entendre, quoi qu’il en soit, elle ne voulait reculer devant aucun sacrifice pour vivre avec Sir Winks, elle pensa qu’elle avait toutes les raisons de croire cette femme, il y’avait là trop de coïncidence. Enfin vers deux heures, Loreleï proposa à son ami d’aller se promener au bord de la seine. Sir Winks n’était pas mécontent de quitter cette endroit guidé, il n’aimait guerre ces mondanités. En venant là, il était à peu près sur que, le lendemain dans tout Paris, des bruits courraient sur Loreleï. Ils s’éclipsèrent discrètement, puis se rendirent près de la seine, où ils se promenèrent tout deux.

 

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