ROMAN
Loreleï par Cédric W. Marsens
Chapitre 1 : Une rencontre singulière
Chapitre 2 : Voyage en Europe occidentale
Chapitre 3 : Découverte de la vie parisienne
Suite bientôt disponible...
CHAPITRE I
UNE RENCONTRE SINGULIERE
Transylvanie, en novembre de lan 1839
Sir Winks ne parvenait à trouver le sommeil. Il faut dire quici, latmosphère était plutôt lugubre, la neige tombait sans cesse, accompagnée dun vent sibérien, un vent dune violence inouïe conjuguée à un froid à réveiller les morts, un temps tel quil nétait possible à quiconque de sortir. Dehors, les cris des loups résonnaient sans cesse, se perdant dans un écho sans fin.
Lorsque la tempête sétait levée, il avait pu trouver refuge dans une auberge, seule maison quil avait rencontrée depuis trois jours de périple. Ce gîte se trouvait encaissée au plus profond dune vallée, là où les montagnes étaient les plus abruptes, de sorte que, par beau temps, le soleil ne devait guère être visible plus de quelques heures par jour. Aux côtés de cette demeure, se trouvait, à létat de ruine, ce qui, autrefois, avait dû être une crypte. Bien que lendroit nétait pas des plus plaisants, il nétait pas homme à se laisser guider par ses craintes et, conscient que son salut ne dépendait que dun abri où attendre que la bourrasque ne cesse, il sétait dirigé droit sur cette bâtisse. Lorsquil avait frappé à la porte, un vieil homme lui avait ouvert et offert lhospitalité. Peu bavard, le vieillard sétait contenté de lui montrer sa chambre. Après avoir pris le soin de se changer et après avoir mis ses vêtements à sécher, Sir Winks était descendu dans la salle à manger, une petite salle sombre et sinistre avec, pour seul éclairage, un chandelier de six bougies, les meubles étaient très sobres et rien qui ne soit superflu. Le vieil homme lui avait servi un repas, puis était allé se coucher. il se retrouvait donc seul, et détranges pensées lui venaient à lesprit.
Comment avait-il pu se laisser convaincre de se rendre ici, dans ce pays. Pays dont les coutumes ne ressemblaient en rien aux siennes, habité par un peuple dun autre âge, comme si le temps sétait arrêté. Bien vite, il sétait rendu compte quici, la superstition et la peur régnaient en maître. Lorsquil se trouvait à Bråila, et quil parlait aux indigènes de la raison de son voyage, la remise dun pli à un seigneur vivant dans un château, ceux-ci adoptaient une attitude pour le moins singulière, où se mêlaient à la fois la terreur et leffroi, il lui était impossible daller plus avant dans la conversation, les gens se contentant dès lors de prier pour le salut de son âme. Se heurtant à un refus catégorique lorsquil cherchait un fiacre pour l emmener, il sétait décidé à voyager seul. Après avoir acheté un cheval ainsi que des vivres pour le temps que devait durer le voyage, cest à dire une semaine, il sétait mis en route. Il avait dabord rejoint Brasov, puis de là, senfonçant dans les Carpates, traversait Blaj, puis Aiud. A mesure quil avançait, le pays sétait fait de plus en plus sauvage, les maisons de plus en plus rares, les quelques arbres épars sétaient transformés en une forêt très dense, la route avait fait place à un chemin étroit et tortueux se perdant aux confins dune vallée escarpée. Malheureusement, à la fin du cinquième jour, la tempête, comme jamais il ne lui avait été donné den voir, lavait surprit.
Minuit venait de sonner, il était perdu dans ses pensées lorsque tout à coup, la porte souvrit, laissant le vent glacial sengouffrer dans la pièce, éteignant du même coup les bougies, faisant place à lobscurité. Une silhouette, dont seul les deux yeux étaient visibles, se tenait à lembrasure de la porte. Une voix de femme lui dit :
-"Jai si froid, puis-je entrer un instant pour me réchauffer ?"
Le ton suppliant de cette requête ne le fit point hésiter, il laissa entrer cette inconnue, referma la porte et ralluma les chandelles, ce qui lui permit enfin de distinguer cette femme. Ses longs cheveux noir contrastaient avec la pâleur extrême de sa peau, ses yeux brillaient, tels deux diamants, dun regard qui, de suite lavait troublé. Elle allait nus pieds et avait, pour seul vêtement une longue robe de dentelle noir laissant voir les courbes parfaites de son corps. Sa beauté était sans égale et avait frappé Sir Winks. Il lui proposa des vêtements secs, mais la femme répondit non de la tête, il lui proposa alors une couverture quelle refusa également. Il se décida finalement à allumer le feu dans la cheminée, lorsque ce fut chose faite, elle sassit près du feu et lui fit signe den faire autant. Se retrouvant à ses côtés, il put admirer de près son visage, visage dune indescriptible beauté, et cela malgré son teint cadavérique, ses yeux brillaient comme des flammes, ses lèvres étaient dun rouge très vif faisant ressortir ses dents, dents aussi blanches que des perles. Elle pencha, puis posa sa tête sur lépaule de Sir Winks qui fut soudain parcouru dun frisson, aucune chaleur némanait de son corps, comme sil sagissait dun cadavre. Deux heures sécoulèrent ainsi, sans mot dire, simplement côte à côte, puis tout à coup, la jeune femme se leva, lair terrorisée, remercia Sir Winks et enfin disparut, comme volatilisée.
Le lendemain, la bourrasque nayant toujours pas diminué son ardeur, Sir Winks fut contraint de rester cloîtré dans cette demeure. Le temps lui semblait terriblement long, il ne vit point son hôte et passa la journée à lire, il ne cessa de penser à la belle inconnue, se demandant tant de choses : Que faisait-elle ici, en pleine nuit ? Pourquoi navait-elle rien dit, si ce nest la question posée lors de son arrivée et ses remerciements ? Comment était-il humainement possible que son corps fut si froid ? Toutes ses questions demeuraient sans réponse. Une seule chose était pour lui une certitude, le regard de braise qui lui avait été donné de voir, lui avait littéralement enflammé son coeur et son âme, il souhaitait plus que tout pouvoir la revoir, mais comment pouvait-il la retrouver, ne connaissant même pas son nom. Enfin le jour fit place à la nuit, il espérait quelle reviendrait le voir, comme la veille, mais malheureusement son attente fut vaine, cest accablé par la mélancolie quil alla se coucher.
Au matin, la neige avait enfin cessé de tomber, il pouvait donc reprendre sa route, il avait décidé de sacquitter au plus vite de son travail, puis il reviendrait sur ses pas afin dessayer de retrouver cette femme. Malgré lépaisse couche de neige qui nétait pas faite pour lui faciliter le voyage, le trajet se déroula sans encombre, il arriva rapidement en vue du château, ou plutôt des ruines dun château. Etait-il possible quun homme puisse vivre ici ? Il ne le pensa point, et cest avec beaucoup de découragement quil prit le sentier qui menait au manoir. Le sente escarpé grimpait le long du flanc dune montagne schisteuse, longeant un précipice qui ressemblait plutôt à un gouffre, un sombre abîme sans fin. Enfin il arriva devant lentrée de la citadelle. Il frappa trois coups, contre la lourde porte dentrée, à laide du marteau dacier et attendit. Après quelques minutes, lhuis souvrit, et lhomme qui se tenait dans son ouverture lui dit :
-"Bienvenue dans notre demeure, nous ne saurions que vous quémander dentrer."
Sir Winks entra et voulu se présenter, mais il neut pas le temps de finir quil fut interrompu :
- "Nous savons qui vous êtes, Sir Winks, sachez quici, dans notre merveilleux pays, nul ne peut se cacher de nous, nous savons tout ce qui sy passe, jusquaux plus petits secrets. Nous savons, en outre, que votre long voyage a été retardé par la neige et vous avez eu la chance, ou peut-être le malheur de trouver refuge pendant la tempête, suivez-nous, nous allons vous montrer votre humble chambre, car nous osons compter que vous resterez quelque temps parmi nous."
Ce discours emplit Sir Winks de stupeur, cette homme eut-il recours à la magie pour connaître et son nom, et le déroulement de son voyage ? De plus, le ton sur lequel la requête lui avait été faite ne lui laissa pas vraiment le choix, il accepta, bien que son plus vif désir fut de partir au plus vite.
Le château, dans un état de délabrement avancé, devait avoir plusieurs siècles, les meubles étaient de style, quoique dans des styles différents, de lourdes tentures de velours ocres étaient devant chaques fenêtres, le ménage ne devait, ici, pas être une des plus grandes préoccupations car un épais duvet de poussière recouvrait absolument tout. Dans la chambre, se trouvaient un grand lit à baldaquin, une commode, une armoire, un canapé, une table basse ainsi quune bibliothèque, près de la fenêtre se trouvait enfin un bureau et une chaise. Lhomme dit alors :
-"Voici votre chambre, votre voyage ayant dû être éprouvant, aussi nous vous laissons le loisir de vous mettre à laise puis vous pourrez nous rejoindre dans la salle à manger ou vous sera servi un frugal repas, après cela, nous aurons toute la possibilité que vous nous remettiez le plis que nous attendons."
Ensuite de sêtre changé, Sir Winks se rendit dans la salle à manger, une pièce immensément grande, mais meublée comme elle avait dû lêtre depuis toujours. Son hôte était déjà installé au bout dune longue table rectangulaire, et linvita à sasseoir à lautre extrémité. Le repas était déjà servi, un repas très copieux comprenant des viandes principalement, mais aussi quelques légumes, des fruits, des fromages, et comme boisson du vin rouge, un excellent vin de Valachie. Le seigneur ayant déjà mangé lui dit de se servir de ce dont il voulait. Notre ami se contenta toutefois dun morceau de viande, dun peu de légumes et dun seul verre de vin, ne valait-il pas mieux, en effet, de rester maître de ses actes dans cet endroit où latmosphère avait lair si mystérieuse, si malsaine ?
Après le repas, Sir Winks remit le pli au seigneur, celui-ci en prit rapidement connaissance, un sourire de satisfaction illumina son visage. Il faut dire que sur cette homme tellement singulier, qui paraissait si froid, si dure, le moindre signe démotion était si rare quil nétait possible de sen apercevoir. Cet homme sans âge, tout de noir vêtu, à la peau très pale, avec des yeux éclatants, presque rouges et de long cheveux gris avait dans sa physionomie de quoi effrayer plus dune personne. En y réfléchissant bien, tout ici paraissait tellement étrange, tellement surnaturel.
Nos deux protagonistes passèrent la nuit à parler de lhistoire de la famille du seigneur, une noble famille de guerrier qui était au pouvoir depuis de nombreux siècles, mais un règne de terreur et de sang. Un des ancêtres du seigneur, Le prince Vlad III, avait, jadis perdu, alors quil était en guerre contre un peuple ennemi, sa jeune femme. Celle-ci, ayant ouï-dire que son mari était mort au champ dhonneur, navait eu de cesse de le rejoindre dans lau-delà et sétait donnée volontairement la mort, lhomme, qui jusqualors était très croyant, fou de douleur et accablé par le chagrin, renia, blasphéma Dieu, léglise et la religion et jura que désormais le mal régnerait sur ses terres pour que chacun paya de loutrage qui lui eut été imposé par le ciel. A force dallusions, de petits détails, on aurait dit que le conteur et lancêtre ne formaient quun seul et même homme. Du reste le seigneur mettait tant de conviction dans son récit quon eut dit que cela se fut passé hier. Ce nest quà laube quils allèrent se coucher.
Cest en rêvant à la belle inconnue que Sir Winks plongea dans les bras de Morphée. Il dormit toute la journée, mais dun sommeil très tourmenté, où salternait les pensées pour linconnue et daffreux cauchemars. La nuit suivante, au réveil, après sêtre habillé, il voulu tenter de séchapper pour retrouver sa belle, malheureusement, la lourde porte dentrée était verrouillée et il ne trouva nulle autre issue. Pour la première fois de sa vie, il avait très peur. Soudain, il vit le maître des lieux, surgit de nulle part, qui lui demanda :
-"Vous ne vous sentez point daise dêtre parmi nous que vous vouliez déjà nous quitter ? Sachez que vous êtes libre de partir quand bon vous semble."
En disant cela, lhomme ouvrit, sans clef, la lourde porte, mais au même instant, comme sils eussent été commandés par une force divine, des loups, plusieurs centaines de loups encerclèrent le château en poussant leurs horribles hurlements.
-"Quelle musique magnifique, nest-il pas ?"
Sir Winks ne put sempêcher de dire :
-"Je ne sais pas ce que vous trouvez de magnifique aux hurlements de ses bêtes sauvages, moi cela me glace le sang. Du reste, je dois bien vous avouer quici, je trouve tant de choses énigmatiques, que je vous avouerais que jai grande envie de vous quitter, et cela sans mensonge."
Lhomme, qui était en train de caresser un loup ne répondit pas, mais se contenta de ricaner sournoisement. Cest alors quil se saisit de Sir Winks, qui put alors apercevoir ses dents, des dents très pointues, dont les canines ressemblaient plus à celles dun loup quà celles dun humain. La force de cette homme, bien que beaucoup plus âgé que notre ami, était considérablement plus développée que la sienne.
-"Jamais vous naurez le loisir de sortir dici vivant !"
Lui cria-t-il, puis il le souleva et le lança violemment à terre, dans la cour du château. Soudain, une voix de femme, venant de la porte quil avait omît de refermer, dit :
-"Pourquoi ne pas choisir une victime de votre force, de votre pouvoir ? Vous savez bien que vous êtes immensément supérieur à cet homme !"
Sir Winks, très surpris, reconnu immédiatement la voix de la belle inconnue. Le seigneur eut lair outré de cette requête et dit :
-"Par les pouvoirs qui nous sont conférés, comment osez-vous vous rendre ici, chez nous, qui plus est pour nous défier ? Sachez que nous vous trouvons bien impertinente, votre audace na dégale que votre inconscience, vous allez nous payer cette affront."
La scène qui suivi dépassa largement lentendement humain, lhomme et la femme, tels deux bêtes féroces commencèrent à se battre, mais avec une telle force, une telle rage, une telle haine que, si Sir Winks eut le malheur de sinterposer, il fut misérablement et mortellement blessé. Cependant les deux créatures, car ce nest désormais plus dhomme quil faut parler, mais bien de créatures (du ciel ou de lenfer, je ne le sais point), ne semblaient point ressentir les coups assénés, leurs forces semblaient équivalentes. Dehors, les loups se battaient entre eux, un violent orage se déchaîna, comme si ces deux êtres avaient pouvoir sur les éléments. Les blessures que sinfligeaient les deux monstres semblaient guérir aussitôt, il semblait que rien, ni personne ne pouvait les faire trépasser.
Sir Winks était à la fois plein dinquiétude pour sa propre existence et celle de cette femme, mais aussi terrifié par la tournure que prenaient les événements. Cest alors quil prit son pendentif, un petit crucifix en or, et quil se mit à prier. Les deux créatures, à la vue de cette croix eurent lair pétrifiées de peur, mais une crainte de par plus intense que celle quil éprouvait lui-même. Leurs regards, lun empli de haine et lautre empli de supplication fixaient cet objet, en semblaient hypnotisés. Sir Winks se releva, tenant maintenant le crucifix à bout de bras, et couru hors du château, ignorant les loups qui étaient encore occupés à se battre. Dès quil eut franchi la porte, ceux-ci stoppèrent net et se mirent en cercle autour de lui, courbant léchine et montrant leurs crocs acérés, il se crût alors perdu.
Ce fut à ce moment là que la femme sortit et poussa un hurlement sauvage qui, instantanément eut le pouvoir dapaiser les loups qui devinrent aussi doux que des chiens. Elle pris fermement Sir Winks dans ses bras, et aussi surprenant que cela puisse sembler, senfuit loin du château, pas en marchant, pas en courant, mais par la voix des airs. La dernière parole quils entendirent de la part du seigneur avant de séloigner fut :
-"Par le sang de lenfer, nous vous jurons de vos faire payer cette affront, Loreleï, nous achèverons votre misérable existence de notre propre main, la terre, désormais, aussi grande quelle puisse vous sembler, nest point assez grande pour nous deux !"
Un peu plus tard, les deux fuyards se trouvèrent devant la crypte contiguë à lauberge, le trajet navait duré que quelques minutes, bien moins quil nen avait fallu à Sir Winks avec son cheval. Loreleï ouvrit alors la porte et invita notre ami à entrer. Celui-ci , ne voulant croire à ce quil avait vu, lui dit :
-"Merci, je vous dois la vie, mais comment diable avez-vous fait ?"
La jeune fille, suivie de Sir Winks, pénétra dans la crypte puis descendit un long escalier en colimaçon qui aboutissait dans une salle soutenue par une voûte, de chaques côtés se trouvaient deux portes qui semblaient être lentrée dautant de caveaux, au milieu de cette pièce se tenait un autel de marbre sur lequel reposait un cercueil noir, garni de satin noir également, mais vide. Une odeur pesante et nauséabonde de souffre et de mort empestait lair, enfin le sol était jonché de restes de squelettes, de crânes et de poussière. La jeune femme sassit à même le sol puis, enfin, commença à parler :
-"Après ce que vous avez vu, je pense que je me dois de vous donner quelques explications : Vlad, plus connu sous le nom de Tepes, lempaleur, ou sous celui de Dracula, et moi-même, comme vous avez pu le voir, ne sommes plus des êtres humains, oh, nous lavons bien été jadis, mais maintenant...(elle hésita) Oui, maintenant, tous deux sommes des vampires, savez-vous ce quest un vampire ?"
Sir Winks avait en effet déjà entendu parler de vampires, mais pour lui, dans son esprit si terre à terre, cela relevait de la légende, bien quaujourdhui, preuve lui avait été faite du contraire. Mais la jeune fille continua son étrange récit :
-"Vlad est le prince des vampires, âgé de plus de quatre cent ans, cest le seul vampire qui lest devenu, punition divine infligée à la suite de ses injures et de ses parjures à légard du ciel, par la seule volonté de Dieu; mais cétait sans compter les forces du mal, qui lui ont transmis tant de pouvoirs, nous autres sommes tous ses descendants. Nous avons la faculté de contrôler certains éléments, comme vous avez pu le constater avec les loups et avec lorage, nous avons beaucoup plus de forces que vous, les humains, et surtout, nous avons quelque chose que beaucoup dhommes nous envient, limmortalité. Malheureusement, pour moi, pauvre goule, limmortalité me parait bien illusoire, car pour vous sauver, jai du défier Vlad, jamais il noubliera cet affront, de plus ses pouvoirs sont supérieur à ceux de nimporte lequel dentre nous. Pour linstant, nous pouvons rester ici, car il ne viendra pas cette nuit, le jour ne se lève que dans une heure et nous ne pouvons sortir pendant la journée que nous passons à dormir, mais vous, vous devriez profiter de cette journée pour fuir."
-"Et vous laisser seule affronter ce monstre ?"
Demanda-t-il, car pour lui, il nétait pas concevable de laisser Loreleï ici, la sachant en danger. De plus, il se sentait redevable de son salut, aussi lui proposa-t-il de le suivre et de venir vivre avec lui, dans son pays. Mais la jeune fille, troublée par cette offre, repris la parole :
-"Je suis sincèrement touchée par votre proposition, mais je suis obligée de demeurer ici, car pour dormir, je dois me trouver dans mon cercueil, sur la terre de mon pays. Bien que ce ne soit pas lenvie qui me manque, si je vous suivais, je mourrais."
-"Et si nous pouvions nous rendre à Bråila, nous irions à lhôtel et, je pourrais essayer de trouver un moyen de vous emmener loin des Carpates tandis que vous mattendriez ?"
Cette proposition parut plaire à Loreleï, puisque celle-ci empoigna la main de Sir Winks, monta rapidement lescalier, puis, après lui avoir demandé une dernière fois sil était vraiment sur de ce dont il faisait le saisit par la taille, enfin ils senvolèrent en direction de la grande ville. Arrivés en ville, ils se rendirent devant lhôtel quil avait occupé lors de son arrivée tandis quil vaquait aux préparatifs de son voyage.
-"Je crois quil vaut mieux que vous entriez seul, car si quelquun me vois, je ne pense pas que nous soyons les bienvenus, je vous rejoindrai dans la chambre, Mais par pitié, faites vite, je vois déjà le jour qui pointe."
Sir Winks entra, mais il ne trouva pas âme qui vive à la réception, il est vrai que, à cette heure matinale, peu de gens essayaient de trouver un endroit où dormir, il sonna, appela, mais en vain, personne ne répondait. Il attendit un instant puis revint sur ses pas, mais avant quil ait eu le temps douvrir la porte, il entendit un cri strident venant de la rue. Il se précipita dehors et vit Loreleï à lendroit où il lavait laissée et un homme au loin qui courait, elle lui dit que cet homme, un indigène, layant aperçue cétait mis à crier et à fuir. Bien lui en pris, car ses cris semblaient avoir réveillé quelques gens, en effet, plusieurs fenêtre ont alors laissé paraître de la lumière. Il retourna donc dans lhôtellerie et put louer une chambre. Aussitôt après que lhôtelier se soit retiré, notre ami ouvra la fenêtre afin que Loreleï puisse le rejoindre, puis il ferma les volets et alluma une chandelle. La petite chambre, bien que très simple, ravit Sir Winks, car pour la première fois depuis son départ, il lui semblait être de retour dans le monde civilisé. Les deux comparses se jetèrent sur le lit, puis côte à côte sombrèrent dans un sommeil de plomb.
Il était un peu plus de quatorze heures lorsque Sir Winks se réveilla, Son amie, elle était à côté, mais on ne parvenait à distinguer son pouls, ni même sa respiration, son corps se trouvait aussi froid et dur quun mort, cela était-il donc normal ? Il ne le savait pas. En contemplant longuement cette femme, il se rendit compte quelle était encore bien plus belle que lorsquelle était éveillée, son visage avait quelque chose de céleste, dangélique. Notre ami était subjugué, complètement envoûté par cette sublime beauté, peut-être devrait-il y perdre la vie, mais il ne pouvait se résoudre à labandonner à son triste sort, il se devait de trouver un moyen pour fuir, loin, hors de cette contrée. Il prit donc une douche et se vêtit en hâte. puis, ensuite de sêtre assuré une dernière fois que la fenêtre fut bien close, afin que la vampire, mot qui lemplissait daffres, soit en sécurité, il referma la porte à clef et sortit.
Cest avec une grande joie quil revoyait des humains, ses semblables qui allaient çà et là, courant en tout sens dans cette grande avenue, pleine de vie, où se trouvait la pension. De chaques côté de la rue, se trouvaient de nombreuses boutiques ainsi que de grands restaurants, de hauts arbres nus longeaient au bord de chaques trottoirs, et au milieu, la chaussée était recouverte de pavés gris et rose, il semblait que ce boulevard faisait partie des quartiers chics de la ville, en dautre circonstance, cela eut sans doute ravit Sir Winks, mais en ce moment, il nétait pas dans un état psychologique lui permettant le loisir de se laisser aller à ses rêveries, le temps lui était compté, car le risque de se retrouver nez-à-nez avec Vlad était plus quune simple probabilité. Il se rendit à la gare, qui nétait distante que de cinq minutes à pied du quartier où il se trouvait.
Lhomme qui se tenait derrière le guichet lui indiqua que le premier train à destination de lEurope occidentale ne partait que vendredi, il mettait six jours pour se rendre à Paris, via la Germanie. Autrement il pouvait également emprunter la voix maritime, cela était moins coûteux, mais beaucoup plus long, le premier navire quittait le port dans la matinée du lendemain, il lui fallait en outre plus de dix jours, pour autant que le temps fut clément, le cas échéant ce voyage pouvant savérer beaucoup plus long, pour parcourir le trajet jusquà Marseille, et de là, il fallait prendre le train. Il opta en toute logique pour le train, il lui restait donc quatre jours à passer, cloîtré, en Transylvanie, mais il restait encore un problème épineux, le problème du cercueil et de la terre, comment pouvait-il sy prendre ?
Il se rendit à la poste puis télégraphia à son associé, Maître Duvalneuf, avocat de génie, exerçant au barreau de lIle-de-france, mais aussi son plus grand ami, afin de lui exposer sa situation, espérant que celui-ci saurait trouver une solution. Car il lui semblait nécessaire deffectuer toutes les démarches afin que le voyage se déroule sans encombres, et, devant transporter un cercueil, cela nallait pas être commode. Il rassura son associé sur laboutissement de sa mission, puis en vint à parler de Loreleï, mais sans entrer dans les détails concernant la vie de cette femme, car bien que son ami fut très ouvert, il nétait point homme à croire à des sottises telles que lexistence des vampires et le prendrait-il sans doute pour fou sil eut avouer quune goule lui eut sauvé la vie et quil sen fut épris.
Devant alors attendre quelques temps avant de recevoir une réponse, Sir Winks se rendit dans un taverne afin de manger un morceau. Tandis quil était en train de manger, il entendit des bribes dune conversation que se faisaient deux hommes, accoudés au bar, ceux-ci parlaient de lincident du matin, où disaient-ils, des vampires se tenaient en ville, dans leur discussion, ils disaient quils fallait absolument retrouver tout vampire afin de lui trancher la tête, voir même de lui planter un pieu dans le coeur. Sir Winks faillit sétrangler de stupéfaction, comment des hommes, qui paraissaient sains desprit, pouvaient vouloir infliger un châtiment aussi cruel ? Non, décidément, il ne comprendrait jamais ce peuple barbare.
Une heure et demie plus tard, Sir Winks retourna à la poste, et cest avec plaisir quil put prendre connaissance de la réponse de son ami. Il le remerciait de ses nouvelles et lui suggérait de retrouver une de ses relations, un notaire nommé Walsinkski, qui serait sans doute plus à même de laider. La journée étant déjà fort avancée, il sen retourna à lhôtel afin de retrouver Loreleï qui ne devrait plus tarder à se lever. Demain, il naurait de peine à trouver ce notaire qui pourrait sans doute laider.
Arrivé dans sa chambre, il vit que Loreleï navait pas bougé, elle dormait encore de son sommeil de mort, bien que le bruit de la rue, très animée, fut assez fort, ce nest quun peu avant onze heures quil perçu un premier battement de paupières, le corps semblait revenir à la vie, finalement, elle ouvrit les yeux. Loreleï, quil navait jamais vu avaler quoi que ce soit, voulais partir se nourrir, mais Sir Winks ne paraissait pas décidé à la laisser sortir, du moins tant quils se trouvaient en Valachie. Pourtant, dehors la nuit était très claire, éclairée par la pleine lune, tout semblait très calme, mais soudainement, la foudre, accompagnée par un sourd coup de tonnerre, sabattit sur un arbre juste devant leur fenêtre, Loreleï, un peu épouvantée, dit :
-"Vous voyez, Vlad sait déjà où nous sommes, peut-être ai-je omis de vous dire quil pouvait lire dans les pensées, je nai moi-même, hélas, point cette faculté. Et si le plaisir lui en prends, il peut se transformer en simple courant dair pour nous rejoindre en un instant."
A peine eut-elle fini cette phrase quun second coup de tonnerre se fit entendre, la vitre de la chambre vola en mille éclats. Sir Winks sapprocha de la fenêtre, et eut un mouvement de recule, devant lhôtel, à côté de larbre en feu, se trouvait Tepes. Son pouvoir était vraiment époustouflant. Le monstre sécria :
-"Loreleï, vous savez que toujours, nous tenons nos promesses, aussi est-il bien futile de vous cacher, descendez à nous, nous vous attendons."
Mais la goule se contenta de savancer vers le trou béant de la fenêtre, elle ne semblait vouloir donner suite au prince, elle tenta de lapaiser :
-"Pourquoi devoir nous entre-tuer, si vous nous laisser sauf, Sir Winks et moi voulons quitter la Transyl..."
Elle fut interrompue :
-"Jamais quiconque qui sest mis en travers de notre chemin neut été épargné, de plus votre ami, nous pensons que cest comme ça que vous qualifiez cette misérable vermine, devait nous nourrir, nous, votre maître, mais nous attendrons, il vous faudra bien vous nourrir, et par conséquent sortir, ou peut-être voudriez-vous boire le sang de votre ami ?"
Là, au vu de lexpression de désarrois et de crainte se lisant sur le visage de la belle, Sir Winks comprit immédiatement que le vampire avait raison, et, si sa conception eut été bonne, elle devait se nourrir de sang frais. A cette idée, il fut parcouru de frissonnements, mais cest sans hésiter quil proposa à Loreleï de son propre sang, mais celle-ci ne voulut accepter.
-"Vous savez mon ami, que je me navre que les choses soient ce quelles sont, je ne voulais point vous avouer ma nature, ce nest que la force des choses qui mont amenée à vous dévoiler ma race, aussi je ne veux pas de votre sang, bien que votre proposition me flatte, vous savez, vous êtes le seul être qui nait jamais eu confiance en moi, cest le plus beau cadeau que lon puisse imaginer."
Le regard quils échangèrent les firent presque oublier Vlad, mais celui-ci se mit à rire bruyamment, dune rire ironique.
-"Il nous a fallu traverser tant dannées, tant de siècles, pour ouïr de telles bassesses. Ah, ah, ah ! Vous nous amusez, aussi nous croyons que lheure de la vengeance na pas encore sonné, nous serions aise de nous amuser encore de telles servilités."
A la suite de quoi, Vlad se changea en loups quils virent séloigner.
CHAPITRE II
VOYAGE EN EUROPE OCCIDENTALE
Le lendemain, à laube, dès que la belle se fut endormie, Sir Winks partit à la recherche de Monsieur Walsinkski, celui-ci avait son cabinet au front de mer, dans une petite maisonnette construite en briques rouges, ce qui obligea notre homme à louer un fiacre pour se déplacer, en effet, la mer se trouvant à lautre bout de la localité. Arrivé à létude, il se présenta au clerc comme un ami de Maître Duvalneuf, et demanda à parler avec le notaire, cest avec la plus grande cordialité quil fut immédiatement reçu par Monsieur Walsinkski, un homme qui devait avoir dans la cinquantaine, vêtu avec beaucoup délégance, au caractère très courtois et chaleureux. Cet homme lui offrit une tasse de thé, puis sempressa davoir des nouvelles de son vieil ami. Un long entretien sensuivit, qui dura quelques trois heures, Sir Winks raconta sa mésaventure ainsi que sa rencontre avec Loreleï, là-dessus, le notaire linterrompit et questionna notre ami :
-"Loreleï ? Voulez-vous sans doute me parler de cette femelle vampire ?"
Ainsi donc il connaissait lexistence de cette goule, cela allait nettement simplifier lexposé, le notaire parut captivé par le récit, puis tenta inutilement de dissuader lentreprise qui ne serait pas sans difficulté, dun périple quil qualifiait de pure vésanie, mais finalement, ce fut de bon coeur quil accepta daider Sir Winks, il semblait grand connaisseur des moeurs des vampires et suggéra à notre ami de voyager par mer, en effet, le cercueil pouvant aisément se dissimuler dans une caisse, il yaurait beaucoup mois de justification à donner que pour le train, les formalités douanières étaient en outre beaucoup moins fastidieuses. De plus ils seraient à labri de Vlad, car les vampires ne pouvant se déplacer sur leau, sauf à marée haute, il lui était impossible de les rejoindre. Il réfléchit un instant, et appela son clerc, quil envoya chez un armateur de ses connaissances, afin quil trouva un navire acceptant un noble occidental assez excentrique qui voyageait avec quelques caisses de terre.
-"Vous comprendrez aisément quil est important quà part nous personne ne soit au courant. Dès que jaurai des nouvelles, je vous tiendrai informé."
Là-dessus, Sir Winks prit congé du notaire et sen retourna à lhôtellerie pour essayer de dormir un peu.
Laprès-midi était déjà fort avancé lorsque quelquun frappa à la porte de la chambre, il sagissait du clerc porteur dune missive. Celle-ci faisait part quun navire partait le lendemain un peu avant midi, et que le capitaine, moyennant le payement de huitante écus, acceptait de faire voyager un fou et ses fichues caisses (selon les termes du marin). En outre, le notaire fixait rendez-vous à minuit au port, dans un hangar, lentrepôt portant le numéro vingt-trois, ceci, écrivait-il, afin de soccuper des apprêts du voyage. Sir Winks attendit avec impatience que la belle fusse éveillée pour lui conter le déroulement de lexpédition. Loreleï semblait un peu craintive à lidée de voyager par mer, mais sa peur de lélément liquide semblait dérisoire comparée à celle engendrée par Vlad. Ils fut décidé que Loreleï irait à la crypte afin dy prendre le cercueil et ainsi revenir avant le rendez-vous. Elle sortit par la fenêtre, puis Sir Winks ne vit quune petite chauve-souris senvoler.
Loreleï, ou plutôt le chéiroptère, sarrêta dabord en ville afin de se nourrir, elle jeta son dévolu sur un homme qui marchait seul dans une petite ruelle sombre. La goule reprit sa forme humaine, puis agissant en tant quexperte en la matière, ne mit que quelques secondes pour saisir le pauvre homme et lui trancher la carotide, aidée de ses canines affilées, un temps si bref quil neut ni le temps de crier, ni celui de se débattre, elle plaqua ses lèvres exquises sur la mortelle blessure et vida le malheureux de son sang. Ce sang, dont elle avait tant besoin, raviva Loreleï, qui se hâta dachever sa tache, elle se rendit donc très rapidement devant la crypte. Elle y entra, regarda une dernière fois son tombeau, puis en ressorti avec le lourd cercueil débène noir.
Pendant ce temps, Sir Winks resta à lhôtel, il attendait, un peu inquiet le retour de son amie, il fut soulagé de la voir revenir, saine et sauve, sa tâche accomplie. Ils sortirent alors et, pour la première fois depuis leur rencontre, eurent la liberté de se promener ensemble. Ça et là, tantôt les gens criaient, tantôt fuyaient à la vue de ce couple pour le moins singulier qui se rendait au port. Lorsquils arrivèrent dans le dépôt, lieu de rendez-vous, le notaire était déjà présent, celui-ci eut un léger mouvement dappréhension, sentiment tout à fait compréhensible, à la vue de Loreleï, mais celle-ci se tint à quelques distances afin de ne pas leffrayer.
Le travail du notaire dépassait toutes les espérances de Sir Winks, il avait non seulement trouvé le navire, mais en plus il avait pu trouver cinq caisses, en bois, de huit pieds sur dix, haute de six, quatre étaient pleine de terre et dans la cinquième, il avait laissé assez de place pour le cercueil, il pria Loreleï de sempresser daller chercher son cercueil, cependant que les deux hommes soccuperaient de remplir les documents pour le voyage, à savoir les papiers pour la douane et les dernières recommandations. Sir Winks devint ainsi un notable français qui sétait rendu en Transylvanie afin dacquérir de la terre, un terreau aux propriétés particulières, quil voulait impérativement pour linstallation dune serre dans son domaine, près de Paris. Le notaire avait pris soin dapporter des vêtements pour que Sir Winks eut lair dun riche bourgeois. Loreleï, elle devrait rester enfermée dans son cercueil durant le voyage, le bateau les conduirait à Gènes, en Ligurie, puis de là, ils prendraient un train jusquà Paris. Le billet, accompagné de lordre pour les caisses se trouvaient déjà en possession dun armateur génois, qui viendrait les lui remettre dès que le bâtiment eut accosté.
Lorsque Loreleï revint, le notaire lui demanda de le mettre dans la dernière caisse qui était ouverte, emplie de terre aux tiers afin quelle puisse ouvrir le cercueil à lintérieur, sans devoir ôter le couvercle, ensuite de quoi il mit trois cages contenant chacune une demi-douzaine de rats, afin que la goule puisse se nourrir sans attirer lattention. Sir Winks parut médusé de voir de quoi la belle allait survivre. Il fallait en outre que la non-morte fasse monter la marée, grâce à quoi les marins pourraient hisser les caisses sur lembarcation avant le lever du soleil, elle ne devrait par oublier de faire de même à larrivée. Loreleï et Sir Winks se regardèrent longuement, puis le visage de la belle laissa paraître une expression de bonheur, mais aussi de crainte.
-"Adieu mon très chère ami, je souhaite que tout se passe bien, à bientôt."
Dit-elle, puis elle déposa un baiser sur la main de Sir Winks, entra dans la caisse dont le notaire cloua le couvercle avec empressement. A la suite de quoi les deux hommes marchèrent sur le quai où était amarré le navire. Ce vaisseau, baptisé LE BOLGARIA, long à vue doeil dune septantaine de pieds, fort de ses quatre mats, était plutôt imposant, le capitaine qui était posté sur le pont, grommela des ordres à ses hommes lorsquil aperçu le notaire. Dix hommes, dune carrure imposante, mirent pied à terre et se rendirent auprès des deux hommes, le notaire leur désigna lentrepôt où se trouvaient les caisses. Quelques instants plus tard, les boîtes étaient posée au bord du quai. Le notaire frappa sur lune delle, signal convenu avec la goule que le moment était venu de faire monter la marée. Une nappe dun brouillard impénétrable sabattit alors sur le port, puis la marée commença à monter. Les marins regardaient leau qui montait à une vitesse telle que jamais ils navaient vue. Le capitaine se mit à grommeler et à jurer, ce qui fit se hâter ses hommes, qui embarquèrent les caisses avec une rapidité déconcertante. Enfin le notaire remis à Sir Winks une lettre à lintention de son ami, Maître Duvalneuf, puis dit :
-"Je vous souhaite un agréable voyage, sachez que si vous eussiez besoin de mes services, je me tiendrai volontiers à votre disposition, je vous donne également cet ouvrage, qui traite des non-morts, il est écrit en langue slave, mais il pourra vous être utile...(il lui remis le livre). Adieu, mon ami, que Dieu vous garde."
Sir Winks salua ce brave homme et grimpa sur le bateau. Le capitaine vint à sa rencontre, linvita à le suivre et lui indiqua sa cabine.
-"Vlà, la suite de msieur quest avancée, tâchez dvous faire tout ptit, jai pas envie dvousoir dans mes patoches à tout bout dchamp."
Lança le capitaine en tendant la main pour recevoir les huitante écus que Sir Winks lui remit.
-"Voilà un homme bien commode."
Pensa-t-il en entendant le vieux marin séloigner en jurant. La cabine était minuscule, un hublot donnait sur la mer, derrière lequel se trouvait une table avec, à côté, une couche, cétait là le seul ameublement de cette pièce où il allait passer plus de dix jours. Il se coucha alors et sendormit. Un peu plus tard, quand il se leva, le bâtiment avait déjà parcouru de nombreux miles puisque la terre nétait plus visible. Sir Winks se sentait soulagé de quitter enfin la Roumanie et ses particilarités. Le temps ne semblait pas avancer, la seule personne quil voyait, cétait le marmiton qui lui apportait ses repas, le reste du temps, il voulu essayer de lire le livre que lui avait confié Monsieur Walsinkski, mais le slave nétant point sa langue de prédilection, cela savéra impossible. Ses pensées allaient pour Loreleï, qui se trouvait seule, à fond de cale, pour elle aussi le voyage devait être long.
Dans la nuit du neuvième jour, Sir Winks entendit une agitation inhabituelle, vers deux heures, il fut réveillé par le capitaine, accompagné de trois matelots, qui se tenaient dans la cabine, celui-ci criait :
-"Jsais pas squya dans vos fichues caisses, sêtes sur qusest qudla terre ? hmm ? djà la marée, pis lbrouillard tout ltemps, pis qmême mes hommes zont peur, lpire cest quya mainnant un dmes hommes qua disparu, cest jamais arrivé avant quvous et quvos satanées caisses soyez-à bord, ya plus dtrentans qujnavige, jamais vu ça... Vnez avec nous, va aller ouvrir ses fichues caisses, jveux savoir squya ddans, et gare à vous, suivant cquon ytrouve, jpourais bien vous jter par dssus bord avec elles."
Sir Winks se leva, mais neut pas le temps de se vêtir quil se trouvait déjà fermement entravé par deux des matelots, ils le portèrent jusquà la cale où se trouvaient les fameuses caisses. Là, le troisième marin, armé dun pied-de-biche, ouvrit lune après lautre les caisses, lorsquil allait ouvrir la quatrième, un officier fit irruption dans la cale en criant :
-"Terre ! Terre !"
Le capitaine semblait devenir fou, il regarda lofficier avec de gros yeux tout rond, se frappa la tête avec son index, poussa une longue suite de jurons dont il avait le secret, donna ordre de refermer les caisses, puis sortit en courant de la cale. Le matelot, en fermant les caisses quil avait ouverte tantôt, lair étonné, regarda les deux molosses qui me tenaient toujours et leur dit :
-"Ce nest pas possible que nous soyons déjà en Italie."
Les deux hommes, pour seule réponse, se contentèrent de hausser les épaules. Il se passait ici des choses bien incompréhensible, du moins pour les marins, car pour Sir Winks cela devait être le fait de la goule. Enfin, les trois hommes allèrent rejoindre leur poste en laissant là notre ami. Il frappa contre la caisse où se trouvait Loreleï, laquelle ouvrit tout à coup le couvercle. Elle prit Sir Winks et voulu le serrer dans ses bras, mais celui-ci recula, elle eut lair triste et demanda la raison de son attitude, il lui expliqua alors ce que lui avait dit le capitaine, quil voulait bien accepter le vent et le brouillard, mais quil acceptait mal quelle eusse tué un marin. Loreleï lui assura quelle navait tué personne et quelle sétait contentée des rats, quelle naurait jamais osé commettre un geste qui puisse embarrasser son seul ami. Sir Winks remarqua quil était possible que le disparu fusse tomber à la mer sans que personne ne se douta de rien, il sexcusa de son manque de confiance, puis la serra fort dans ses bras, elle sen retourna dans son cercueil, puis referma, au grand étonnement de son ami, seule le couvercle.
A peine le bateau eut-il accosté que la mer eut de nouveau une marée impromptue, un brouillard cachant promptement le vaisseau, si bien que le capitaine sempressa de décharger le passager et ses caisses. Mais à cette heure matinale, ayant plusieurs jours davance, il fut bien évident que larmateur ne se trouvait point sur le quai. Aussi Sir Winks sassit sur une bitte et se mit à attendre. La nuit avait maintenant fait place au jour, le port sanimait, sa vie, avec son va-et-vient incessant de marins, de voitures et de bateaux, battait déjà son plein, ce nest que vers dix heures quun homme sapprocha et demanda sil parlait à Sir Winks, celui-ci acquiesça et se vit remettre le billet de train. Une voiture viendrait dans la matinée prendre les caisses pour les mener à la gare. Par chance, un train partait à huit heures et arrivait à Paris le lendemain en fin daprès-midi.
Sir Winks était assez inquiet de navoir toujours pas vu la voiture. Deux heures venaient de sonner lorsquenfin arriva une longue voiture tirée par six chevaux. Nayant ni lui, ni le cocher, la force des marins, ils eurent grande difficulté à monter les caisses à lintérieur de la voiture et sest à la suite dun travail harassant quils yparvinrent enfin. La gare se trouvait à quinze minutes du port, si bien quà quatre heures les caisses se trouvaient au bord des voies, prêtes à être hissée sur un wagon. Sir Winks proposa au voiturier, un jeune homme nommé Gino, de se rendre au buffet pour étancher leur soif, il est vrai que pour Sir Winks qui venait de vivre presque trois semaines dans lhiver transylvanien, le doux climat de la riviera italienne lui semblait étouffant. Sans tergiverser un instant, Gino accepta, ils échangèrent des banalités, mais pour Sir Winks, cela lui réchauffait le coeur, la légendaire désinvolture des latins lui paraissait une vertu, eusse-t-elle été comparée à la rudesse des slaves.
Le reste du voyage se déroula sans autre incident, les caisses avaient été chargée, sans difficulté, par les employés du chemin de fer, dans la voiture placée en queue du convoi, le compartiment de Sir Winks était dans le wagon précédant, en première classe, quelques temps sétait écoulés, quelques lieus avaient été parcouru depuis le passage de la douane française, quand un bruit, venant de lextérieur, attira son attention, il ouvrit la fenêtre, une petite chauve-souris entra alors dans le compartiment, saccrocha au plafond, elle demeura là, jusquà un peu avant laube, où elle frappa contre la vitre, puis disparut dans les vestiges de la nuit expirante, comme un léger murmure, sans doute était-ce là Loreleï. Il dorma le reste du voyage, quant il ouvrit les yeux, il arrivait à Paris.
Cest avec soulagement quil ouvrit les battants de la porte et quil descendit de la voiture, jamais il neut ressenti pareil soulagement de fouler du pied le sol de Paris, cela mettait enfin fin à ce voyage éprouvant. Il eut le bonheur de voir Maître Duvalneuf et son valet qui lattendaient.
-"Ah ! quelle joie de revoir son bon ami Arthur ! Jai pensé que vous seriez aise que je vienne vous chercher. Je suis venu avec le cabriolet, et mon chauffeur, avec une voiture. Monsieur Walsinkski ma télégraphié votre arrivée, je me suis renseigné sur lhoraire des trains et me voilà ! Venez mon jeune ami, que vous me contiez votre aventure, mon automédon va soccuper de vos caisses."
Dit Maître Duvalneuf à Sir Winks, Arthur de son prénom, que seul quelques gens avaient le privilège demployer, il répondit :
-"Cest fort louable à vous, Maître, mais je veux massurer personnellement de larrivée de ces caisses à bon port."
Lavocat neut pas lair étonné de la réaction, car il connaissait fort bien la détermination de son ami dans toutes ses entreprises, et cest sans contrariété quil consenti à attendre que les caisses fussent sur la voiture. La traversée de la ville se fit sans encombre. Ah, quel bonheur que de revoir les Champs-Elysées, Notre Dame, le Louvre et tant dautre vestiges de la grande cité. Arrivé devant la demeure de Sir Winks, ils déchargèrent les caisses et les mirent à la cave, non sans peine, car il fallait descendre au sous-sol. Puis Sir Winks remercia son ami, puisquà cet instant, il navait quune envie, libérer sa belle et ne plus penser à cet affreux voyage. Dès que Sir Winks fut seul dans la maison, il sempressa de descendre à la cave afin de libérer Loreleï. Mais à sa grande stupeur, la cercueil était vide. Affolé, il remonta quatre-à-quatre les escaliers, et sortit, une petite chauve-souris volait dehors, elle sintroduisit dans la maison, il revint sur ses pas et vit, avec félicité, la belle Loreleï.
-"Bonjour mon cher, je nen pouvais plus dêtre enfermée dans cette boîte, que je me suis permise de vous suivre de mon propre moyen, vous nêtes pas fâché jespère ?"
Demanda-t-elle à Sir Winks, qui lui dit alors :
-"Non, pas le moins du monde, jimagine comme ce voyage a pu vous sembler fort ennuyeux. Bienvenue en mon modeste demeure, faites comme si vous y étiez chez vous. Je me suis permis de mettre les caisses à la cave, vous y serez tranquille, nous sommes bien loin de ce monstre de Vlad, puisse votre séjour ici vous être agréable."
Le reste de la nuit fut calme, Sir Winks étant tant épuisé quil alla se coucher, Loreleï quand à elle, vida le contenu des caisses au fond de la cave de la villa, puis y déposa le cercueil. Elle avait de cela son antre au coeur de la France. Tant de bonheur emplissait son âme quelle en eut lair plus belle encore. Le lendemain matin, Maître Duvalneuf sempressa de rendre visite à son ami, si impatient quil était de connaître toutes les petites anecdotes de ce périple. Il invita notre ami à sortir déjeuner en ville, Celui-ci était vraiment heureux, rien que le fait de ne plus voir les barbares quil avait du côtoyer jusqualors, se retrouver dans le berceau de lère moderne, quelle délice, quelle béatitude. Il raconta, avec force de détails, son voyage, la rencontre avec Vlad, celle avec Loreleï, laide reçue par Monsieur Walsinkski, duquel il remit la lettre, les péripéties du retour. Lhomme de lois parut ébahi au récit de tant de choses invraisemblables, il ne mettait pas en doute la parole de son ami, mais argumenta quand même quil yavait sans doute lieu à un grand épuisement mental et nerveux de la part de Sir Winks, lequel avait vraisemblablement bien besoin de repos. Lhomme demanda, en outre, davoir le privilège de rencontrer Loreleï au plus vite, car il souhaitait la connaître, voir celle qui avait su toucher le coeur de son ami. Sir Winks lui dit simplement quavant de présenter la belle Loreleï à qui que ce soit, il souhaitait attendre un peu que la belle se fusse familiarisée quelque peu avec les coutumes occidentales. Lavocat fut daccord dattendre le moment jugé opportun. Après quoi, les deux comparses se séparèrent.
Sir Winks en profita pour flâner un peu, simprégner de lambiance inimitable de la capitale, cette atmosphère si particulière, il se promena dans le quartier latin puis traversa la seine et se rendit à lopéra. Ce soir là, se jouait Roméo et Juliette de William Shakespeare, il prit donc le soin de réserver une loge pour voir cette pièce quil prenait grand plaisir à voir.
CHAPITRE III
DECOUVERTE DE LA VIE PARISIENNE
-"Aimez-vous le théâtre ?"
Demanda Sir Winks à Loreleï lorsque celle-ci se fut levée.
-"Oui, je crois, mais cela fait maintenant si longtemps que je ny suis plus allée."
-"Bien, alors donnez-moi la main et fermez les yeux, vous ne les ouvrirez que lorsque je vous le dirai."
Lui dit-il, il lentraîna alors dans une chambre à létage. Lorsquelle ouvrit les yeux, elle se trouvait devant une penderie où se trouvaient quelques quinze robes de bal, ainsi que plusieurs paires de chaussures. Sir Winks dit alors :
-"Jai pris la liberté de louer une loge à lopéra pour ce soir. Je souhaitais vous offrir une robe, aussi jai pu me faire prêter ces vêtements afin que vous puissiez choisir en toute tranquillité. Ouvrez les yeux, regardez et choisissez en toute liberté dans ces robes celle qui vous convient le mieux, choisissez également des souliers, changez-vous et rejoignez-moi en bas."
Loreleï regardait ces robes qui étaient toutes aussi belles les une que les autres, elle eut beaucoup de peine à se décider et jeta son dévolu sur une robe où se mariait harmonieusement un velours et de la soie de couleur noire, une robe magnifique comme seuls les grands couturiers parisiens pouvaient en faire. Dès que la belle fut prête, elle descendit rejoindre son ami. Lorsquelle entra dans la pièce, Sir Winks fut ébloui par tant de grâce, par tant délégance. Loreleï semblait une princesse, digne de figurer aux côtés des plus grandes dames de la capitale. Sa beauté conjuguée avec celle de la robe lui donnait lair dune déesse, une déesse pouvant perdre le coeur de plus dun homme. Elle remercia Sir Winks, lui faisant éloge de sa grande générosité. Peu de temps après, il sortirent et prirent un fiacre pour se rendre à la place de lEtoile, de là, ils marchèrent dans les rues, comme nimporte quel autre couple. Pour la première fois de sa vie de non-morte, Loreleï vit que la foule néprouvait aucune crainte à sa vue. Elle était émerveillée par tant de lumière, regardait les vitrines des boutique bordant de part et dautre les boulevards, à ses yeux, tout ici nétait que richesse et beauté, pensée bien compréhensible pour qui na vécu que dans la sinistre Transylvanie. Ils arrivèrent à lopéra une demie heure avant le début du spectacle, dans le hall dentrée se trouvait déjà tout ce que Paris pouvait appeler la haute société, des nobles, des banquiers, des avocats, bref, ceux pour qui la vie est, à juste titre, un véritable plaisir.
A peine eurent-ils le temps de traverser le grand hall quils se firent aborder par Madame De Davin, ancienne courtisane qui avait eu la chance de pouvoir convoler en juste noce avec lun des hommes le plus riche de France, Sous ses allures de bourgeoise, son franc-parler trahissait quelquefois ses origines modestes. Toujours à laffût des bruits du monde, elle sapprocha du jeune couple et dit :
-"Bonjours Sir, quelle est donc cette femme que je nai jamais vue auparavant ?"
Sir Winks lui présenta Loreleï comme étant une noble Valaque, en voyage dagrément en France. Madame De Davin se tourna vers Loreleï et lui dit :"
-"Bonjour Madame, je suis Madame De Davin, mais appelez-moi Maude. Bienvenue dans notre belle ville, jespère que votre séjour ici se déroule au mieux. Permettez-moi de vous dire que vous êtes dune extraordinaire beauté. Jorganise demain une petite réception chez moi et jaurais grand plaisir de vous y convier, ainsi quArthur évidement, cela nous donnera loccasion de faire plus ample connaissance."
Loreleï eut lair gênée du compliment, elle hésita un instant, regarda son ami, puis finalement accepta linvitation de Madame De Davin. Le couple se rendit alors dans la loge. En voyant le foyer, la belle fut ébahie par ce lieu dont jamais elle navait soupçonné lexistence. Ils sassirent, elle posa délicatement sa tête contre lépaule de Sir Winks lorsque les trois coups, annonçant le début du spectacle, ont retenti.
La pièce, qui fut jouée avec un talent digne de son créateur, plu énormément à la belle, dont des larmes coulaient maintenant de ses yeux, elle regarda Sir Winks et, tendrement, lui dit à loreille :
-"Si lamour ressemble à ce qui a été dit durant cette pièce, je crois alors que je vous aime..."
Cette déclaration failli causer, de bonheur, une attaque à notre ami, lequel lui dit alors :
-"Je vous aime aussi très chère, cela depuis notre première rencontre et bien plus que vous ne puissiez jamais limaginer."
Loreleï enlaça tendrement Sir Winks, celui-ci voulu embrasser la belle, mais elle sechappa au baiser.
-"Je voudrai beaucoup vous embrasser, déposer mes lèvres contre les vôtres, mais je ne le puis point, noublions pas ma nature, si je vous embrassait, cela pourrait vous faire mourir ou vous faire devenir vous même un vampire, et cela je ne le veux pour rien au monde, je voudrais sincèrement quil en soit autrement, vous ne savez comme cela me navre, pendant quelques heures jen avais presque oublié ce que je suis."
Lorsquelle eut fini cette phrase, les larmes coulant de ses beaux yeux meurtri par la tristesse redoublèrent, Sir Winks les essuya délicatement du revers de sa main, la belle saisit cette main et y déposa un baiser. Le désarrois se lisait sur leur visage, tout deux étaient maintenant conscient que leur amour ne pouvait être celui dun couple normal, bien que leurs sentiments lun pour lautre étaient aussi fort quil en soit possible, leur différence les obligeait bien malgré eux à une relation platonique. Cupidon, fils de Vénus, impose des épreuves parfois bien cruelles.
Au sortir de lopéra, Sir Winks proposa à Loreleï de découvrir le charme des berges de la Seine. A Paris, sil est un endroit romantique, cest bien les rives du fleuve, où les amoureux se retrouvent pour flâner en se laissant aller à leur rêverie. Mais Loreleï était trop triste, elle ne désirait nullement se promener, elle souhaitait rentrer. Ils prirent donc un fiacre et sen retournèrent dans leur demeure. Loreleï sembla fort songeuse durant tout le temps que dura le chemin du retour., arrivé là, elle couru hors du fiacre et sengouffra dans la maison. Sir Winks sacquitta de la course et rejoint la belle qui, en pleurs, était allongée sur un canapé. Sir Winks posa sa main sur lépaule de Loreleï, elle sen saisit aussitôt, et dit enfin :
-"A quoi sert limmortalité à ne jamais partager, à quoi bon lEternité, si pour ne jamais aimer."
Puis elle redoubla ses larmes, en se laissant aller au désespoir, Sir Winks était bouleversé de la voir dans cette état, cela dura ainsi toute la nuit, jusqua ce que laube pointe, moment où elle sombra dans sa nuit des ténèbres, son sommeil de mort.
La nuit suivante, Loreleï se leva, paraissant transformée, toute frétillante dimpatience à lidée de se rendre chez Madame De Davin. Elle sorti de la cave vêtue de sa belle robe, elle avait ses longs cheveux noirs coiffés en chignion, ce qui lui allait fort bien. Elle serra longuement Sir Winks dans ses bras.
La réception battait son plein, de très nombreuses personnalités étaient présentes, toutes les personnes, ici, navaient de cesse de rencontrer la belle et mystèrieuse inconnue logeant chez Sir Winks. Madame De Davin se tenait sur le porche lorsque le couple est arrivé, elle sapprocha, fixa Loreleï et dit :
Par soucis de compréhension, la discussion est écrite en français, bien quayant été faîte en dialecte Valaque.
-"Vous êtes bien la voïevode Loreleï, de Transylvanie ? Il ya longtemps déjà que quelque chose, au fond de moi, me disait... JE SAVAIS , JE SENTAIS que je vous verrais un jour. Ce jour, hélas, est maintenant arrivé, jour où je dois reparler la langue de ma petite enfance, longtemps jai attendu ce moment."
-"Oui, je suis bien la voïevode Loreleï. Mais, vous parlez mon propre dialecte, comment est-ce possible ?"
-"Je suis née en Valachie, et jy ai vécu jusquau jour où ma mère a été brûlée vive sous mes yeux, pour sorcellerie, ou plutôt, pour révolte envers linfâme voïevode Dracula. Depuis ma naissance, elle sétait efforcée de me préparer à cette rencontre, et de mappendre votre dialecte."
-"Ce que vous avez à me dire est donc tellement important ?"
-"Je ne veux point vous importuner avec ça. Non, je connais vos sentiments envers un homme, que je suppose être Arthur. Et vous, vampire, nest-ce pas ?"
-"Comment savez-vous ?"
-"Taisez-vous, et écoutez-moi, si vous voulez vivre votre amour, vous avez la force de vaincre votre état, de devenir pratiquement, non... Vous deviendrez humaine, et vous pourrez aimer votre Roméo, de votre vie dépend lavenir de notre peuple commun, vous devez vous rendre à Brad, il ya la bas une sorcière, du nom de Tatiåna, elle seule possède le pouvoir de vous guérir de votre état, souvenez-vous, il en va de lavenir de notre peuple."
-"Notre peuple commun ? Mais qui êtes-vous ?"
-"Peu importe mon nom, je ne vous demande pas de comprendre, mais simplement de me faire confiance, suivez mes conseils."
-"Pour lélu de mon coeur, la seule personne que jaie jamais aimée, je suis prête à tout, aussi je vais me rendre en Transylvanie et trouverai cette sorcière. Si elle peut me rendre humaine, je serai la plus heureuse des femmes."
-"Je vous le souhaite, sincèrement. Ah ! Oui, encore une chose, pas un mot à quiconque de notre entretien ! Madame Loreleï, je vous souhaite, ainsi quà votre cavalier, de passer une excellente soirée dans ma modeste propriété."
Sir Winks regarda Loreleï et dit :
-"Vous vous connaissez ?"
-"Non, mais ne me demandez rien, je ne peux rien vous dire."
Il navait rien compris, du reste personne dans la très nombreuse et très guidée assemblée navait compris un traitre mot de la conversation. Cette langue était inconnue de tous. Loreleï se tenait un peu à lécart du monde et songeait à la signification de ce quelle venait dentendre, quoi quil en soit, elle ne voulait reculer devant aucun sacrifice pour vivre avec Sir Winks, elle pensa quelle avait toutes les raisons de croire cette femme, il yavait là trop de coïncidence. Enfin vers deux heures, Loreleï proposa à son ami daller se promener au bord de la seine. Sir Winks nétait pas mécontent de quitter cette endroit guidé, il naimait guerre ces mondanités. En venant là, il était à peu près sur que, le lendemain dans tout Paris, des bruits courraient sur Loreleï. Ils séclipsèrent discrètement, puis se rendirent près de la seine, où ils se promenèrent tout deux.
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