COUP DE GUEULE

Quand le fascisme bafoue la démocratie

La Grand Messe de Davos a pris fin. Sous le titre ronflant de la "Mondialisation responsable", les magnats de l'économie ont finalement décidés de poser sur la table le problème de la responsabilité. Sans remettre le moins du monde leur but en question, ils ont cherché les moyens d'améliorer leur bébé. Ils osent – et cela le plus sérieusement du monde – prétendre qu'il suffirait de mettre quelques gardes fous dans leur village planétaire pour en limiter quelque peu les dégâts. Ils affirment également que cette recherche du profit est à la fois le moteur du monde et celui de l'être humain. Nous pourrions longuement épiloguer sur ce qui s'y est dit, ou pas, mais cela n'aurait aucun rapport avec le sujet (quoique…).

Puisque tout cela est tellement fooooormidable, il est surprenant de constater les moyens employés et l'acharnement dont ils se rendent coupables pour museler les droits les plus élémentaires de l'humanité : "la liberté de pensée, d'opinion et d'expression"*.

Ces dernières années, nous avons déjà eu quelques avant-goûts de ces méthodes douteuses et scandaleuses. Bien souvent, la police tire la première, soit à coup de gaz lacrymogène et de lance à incendie lorsque des jeunes revendiquent le droit de s'amuser (Lôzane bouge, Lausanne 1980), soit à coup de balles en caoutchouc, tirées à bout portant sur le visage d'autres jeunes, scène qui a été immortalisée par un journaliste (1er mai alternatif, Zürich 1991).

Vu les risques encourus en se comportant d'une manière aussi antidémocratique, la police a depuis adapté ses règles, elle ne doit plus tirer la première, mais attendre de provoquer un incident lui permettant de justifier son acharnement et sa brutalité.

Un exemple ? Autoriser une manifestation contre l'exclusion, la pauvreté et l'inégalité, mais en imposant un autre itinéraire pour que celui-ci se termine dans une rue dans laquelle il n'y a rien, excepté une limousine "malencontreusement" oubliée là, flambant neuve et portant plaques diplomatiques. Pendant ce temps, le chef de la police échauffe ses troupes en proférant des discours aussi racistes que calomnieux à l'égard des jeunes qui pour l'occasion ont été rebaptisés "casseurs". Inévitablement, cela a conduit à la débâcle et aux affrontements (Manif anti-OMC, Genève 1998).

Depuis, la méthode a encore évolué. Prévoir suffisamment à l'avance un nombre démesuré de policiers et de militaires, faire un barrage sur la route et investir la gare afin d'embarquer manu militari tout ce qui est susceptible de devenir un manifestant (jeunes, jeunes ou jeunes). Ces dangereux personnages sont ensuite enfermés dans un local de fortune afin de procéder à un interrogatoire aussi sommaire qu'accusateur, de prendre tout ce beau monde en photo et de les réexpédier sous bonne escorte dans un train affrété tout exprès pour l'occasion, destination Zürich (tentative de manif anti-Davos, Davos 1999).

On sait que la Suisse a refusé de ratifier les droits de l'homme, on sait aussi qu'elle n'entretient pas les meilleurs rapports avec Strasbourg. Mais lorsqu'un Etat de droit, prétendument terre d'accueil et de liberté, fait preuve de tant de despotisme et d'obscurantisme, qu'il en revient à user des méthodes abjectes de la Gestapo, ceci à seule fin de paralyser toute forme d'opposition, il y a vraiment de quoi s'interroger sur la signification du mot démocratie.

 

 

Cédric W. Marsens

* in "Déclaration universelle des droits de l'homme", art. 18 et 19.

 

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