NOS AMIES LES PLANTES

Le chanvre, diabolisme ou bienfait ?

 

La censure existe en France; elle est même légale. Affirmer que la culture du cannabis peut aider à restructurer les sols ou que fumer de l’herbe peut soigner le glaucome est interdit par la loi. L’article L 630 du Code prévoit jusqu’à cinq ans de prison pour ceux qui auront présenté les stupéfiants sous un jour favorable (le cannabis, ne l’oublions pas est classé au tableau des stupéfiants).

 

En Suisse, la situation n’est guère différente, la Loi fédérale sur les stupéfiants reconnaît deux délits liés au cannabis. L’art. 19 ch. 1 al. 1 à 8 LFStup punit l’infraction à la loi, soit d’avoir, sans droit, cultivé des plantes à alcaloïdes (pavot, coca, ...) ou du chanvre en vue de la production de stupéfiants; d’avoir sans droit, fabriqué, extrait, transformé ou préparé des stupéfiants ; d’avoir, sans droit, entreposé, expédié, transporté, importé, exporté ou passé en transit ; d’avoir, sans droit, offert, distribué, vendu, fait le courtage, procuré, prescrit, mis dans le commerce ou cédé ; d’avoir, sans droit, possédé, détenu, acheté ou acquis d’une autre manière des stupéfiants ; d’avoir pris des mesures à ces fins; d’avoir financé un trafic illicite de stupéfiants ou servi d’intermédiaire pour son financement; d’avoir, publiquement, provoqué à la consommation des stupéfiants ou révélé des possibilités de s’en procurer ou d’en consommer ; et l’art. 19 a ch. 1 LFStup punit la contravention à la loi, soit d’avoir, sans droit, consommé intentionnellement des stupéfiants ou d’avoir commis une infraction à l’article 19 pour assurer sa propre consommation.

 

Ces lois sont appliquées soit avec laxisme, soit avec zèle suivant les cantons. Dans le canton de Zürich, par exemple, un simple consommateur trouvé en possession de quelques cinquante grammes de haschisch ne sera pas inquiété alors qu’un ressortissant du canton de Vaud pourra se retrouver en prison pour avoir simplement fumé un joint (~0.5G). Récemment, le tribunal fédéral faisait jurisprudence en reconnaissant que le cannabis n’était pas plus un stupéfiant que l’alcool ou le tabac, mais concrètement, la loi n’a pas véritablement changé. De nombreux cantons continuent donc d’alimenter leurs caisses par le biais de nombreuses condamnations liées au simple usage de cannabis.

 

La plupart des pays ont pris comme exemple la croisade anti-drogue prohibitionniste américaine. Les propos de Harry Anslinger (dans les années 1930-1960), ainsi que les études du professeur Gabriel Nahas (études présentant la particularité que le résultat des recherches était déjà exprimé dans la requête, puisqu’il s’agissait de prouver le très grand danger de la marijuana dans tous les domaines de la biologie) se sont acharnés, pendant des décennies, a diaboliser le cannabis. Aujourd’hui, le fondement même de leurs recherches est fortement controversé par les milieux scientifiques et médicaux, leurs travaux ont été reconnus comme foncièrement faussés et volontairement manipulés toutefois au sein d’organisation comme l’OMS ou l’OFSP on se sert encore de ces travaux comme étant de référence. D’où les discours et les débats sans grands résultats ayant défrayé la chronique durant ces dernières années.

 

Mais qu’est-ce donc qu’un stupéfiant ? une substance entraînant généralement une accoutumance et un état de manque. Aujourd’hui, il peut être affirmé que le cannabis n’entraîne aucun symptôme de manques, ni physiques, ni psychologiques. Tout au plus, il est possible d’observer une accoutumance chez des fumeurs invétérés, voir une certaine léthargie chez les très gros consommateurs. Le consommateur inexpérimentés pourrait en outre ressentir une profonde angoisse, mais fort heureusement passagère. Jamais personne n’est décédé ou n’a subit aucun dommage permanent résultant de l’usage du cannabis (sauf pour le professeur Nahas, mais il faudrait consommer la fumée de 63 joints en l’espace de cinq minutes à l’aide d’un masque à gaz). Le seul véritable danger pour le consommateur est donc la justice, avec à la clé une amende, une peine de prison ou enfin la peine capitale suivant le lieux de l’infraction.

 

Nous n’entrerons pas ici sur un débat quand aux coûts démesurés qu’entraîne la prohibition dans tous les pays occidentaux, comme cela fut naguère le cas aux Etats-Unis avec l’alcool dans les années trente (ayant fait la fortune de nombreux hommes qui aujourd’hui se sont reconverti dans des activités respectables). La lutte contre la drogue devait faire admettre comme honteuse et criminelle une pratique largement répandue jusqu’alors (Comment se seraient développées, sans drogues, les sociétés pharmaceutiques, chimiques ?). Aujourd’hui, fort est de constater l’échec de la politique prohibitionniste, le remède étant pire que le mal.

 

Parallèlement aux associations prohibitionnistes, on perçoit petit à petit un autre courant dont les effets commencent à se faire sentir, de nombreuses associations ont vu le jour, et sous la conduite d’homme tel que Jack Herer, tentent de redonner la place qui lui est due à cette véritable bombe verte qu’est le chanvre. Car le chanvre peut être utilisé très avantageusement dans de nombreux domaines, comme la construction, l’industrie, l’automobile, l’alimentation,...

 

D’un point de vue strictement écologique, le chanvre est une excellente culture, servant à la régénération et à l’irrigation des sols, ne nécessitant l’emploi d’aucun pesticide, d’aucun produit chimique. Sa maturité relativement rapide permet, dans certaines régions, d’effectuer plusieurs récoltes. L’utilisation du chanvre dans l’industrie est également respectueuse de l’environnement. Sa transformation en papier ne nécessite pas de chlore, comme c’est le cas lors de l’utilisation du bois. Sa transformation en textile est beaucoup moins polluante que celle du coton ou de la fabrication du nylon (l’inventeur du nylon est d’ailleurs fortement impliqué dans l’interdiction frappant le cannabis, cf Marijuana Tax Act - USA 1937).

 

La médecine enfin, pourrait se servir des propriétés étonnantes de cette plante pour soigner de très nombreuses maladies, pour soulager de nombreuses souffrances, sans devoir nécessairement recourir à la pharmacologie. Des études sérieuses commencent à être entreprises dans de nombreux pays où les lois sont peut-être un peu moins restrictives que dans d’autres, permettant de cultiver cette plante aux propriétés uniques et de l’utiliser à d’autres fins qu’à celle de se droguer.

 

L’avenir de l’homme est aujourd’hui fortement compromis par la pollution, mais également par l’épuisement de ressources naturelles comme le pétrole. Cela devrait donner à réfléchir, et peut-être que la vision utopique de quelques hommes souhaitant voir l’utilisation du chanvre se répandre comme cela était le cas avant la révolution industrielle, deviendra réalité. Un avenir où nous pourrons nous loger, nous vêtir, nous nourrir et nous déplacer dans le respect de nos descendants et de notre environnement, et cela grâce à une plante : le chanvre.

 

Théophile-Hubert Constant

 

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